Perquisition de l'escouade Marteau chez Dessau

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Une dizaine d'agents de l'escouade Marteau - division des enquêtes  sur la... (Archives La Presse)

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André Noël
La Presse

Une dizaine d'agents de l'escouade Marteau - division des enquêtes sur la corruption de la Sûreté du Québec - ont perquisitionné pendant une dizaine d'heures dans les bureaux de la firme d'ingénieurs Dessau, la semaine dernière, a appris La Presse.

Les enquêteurs ont cherché des documents dans les bureaux de la société Plania, nouveau nom du Groupe Gautmercredi, Biancamano, Bolduc (GGBB), filiale de Dessau. L'année dernière, le vérificateur de la Ville de Montréal avait alerté la SQ après avoir découvert que GGBB avait détruit des documents relatifs au projet résidentiel Faubourg Contrecoeur.

L'escouade Marteau a entrepris sa propre enquête sur ce projet et sur son principal promoteur, Construction Frank Catania et Associés. Les terrains du Faubourg Contrecoeur, dans l'est de Montréal, ont été vendus à Catania à un prix très avantageux par une société paramunicipale. Deux séries de perquisitions ont été menées dans les bureaux de Catania depuis un an.

«Les policiers de la SQ sont venus dans les bureaux de Plania pour chercher de l'information à propos du projet Contrecoeur, a confirmé mercredi Jessie-Kim Malo, porte-parole de Dessau. On a collaboré pleinement avec eux. On leur a remis les documents nécessaires pour leur permettre de poursuivre leurs recherches.»

L'année dernière, le vérificateur de la Ville avait demandé à la firme d'audit Samson Bélair/Deloitte?&?Touche d'examiner le dossier de la vente des terrains du Faubourg Contrecoeur. La Ville de Montréal avait demandé à la Société d'habitation et de développement de Montréal (SHDM) de trouver un promoteur pour les mettre en valeur.

La SHDM a alors embauché GGBB, société d'urbanistes-conseils qui appartenait déjà à Dessau. Une série d'études ont été réalisées, notamment sur les coûts de décontamination. Six mois avant le lancement de l'appel de qualification, GGBB a envoyé un mot à Catania: «Il nous fait plaisir de vous transmettre une copie de tous les rapports d'experts pour le dossier du site Contrecoeur.»

Six mois plus tard, quand l'appel de qualification a été lancé, un autre entrepreneur a demandé à GGBB de le renseigner sur le coût approximatif des travaux de décontamination à réaliser. GGBB a refusé de transmettre l'information.

Cinq entrepreneurs ont fait des propositions. Les vérificateurs de Deloitte ont tenté de les obtenir. Les représentants de GGBB leur ont répondu qu'ils avaient détruit les documents, lesquels ne leur appartenaient pas: ils appartenaient à la SHDM.

Deloitte a découvert qu'il y avait beaucoup de similitudes entre la proposition de Catania (qui a été retenue) et les documents internes de la SHDM, que GGBB avait refusé de transmettre à un autre entrepreneur.

Avant le lancement de l'appel de qualification, Daniel Gautmercredi, un des dirigeants de GGBB, avait rencontré Frank Zampino, alors président du comité exécutif de la Ville, Martial Fillion, alors directeur général de la SHDM, et Bernard Trépanier, argentier du parti du maire Gérald Tremblay. Après cette réunion, M. Trépanier a téléphoné à Bernard Poulin, propriétaire du groupe SM, autre firme d'ingénieurs, pour lui annoncer qu'il allait lui donner un contrat pour évaluer le degré de contamination des terrains du Faubourg Contrecoeur.

«On va te donner un petit mandat, avait dit M. Trépanier à M. Poulin. On va te donner un mandat sur la décontamination, même si Dessau est là, dans l'urbanisme.

- C'est un petit mandat ou un moyen mandat? avait demandé Bernard Poulin.

- Bien, un mandat. Il y a pour 12 millions (de dollars) de terre contaminée.

- Je comprends où ça va.

- Fait que, on s'organise», avait conclu M. Trépanier.

Les coûts de la décontamination ont été soustraits du prix de vente des terrains. Au bout du compte, le degré de contamination avait été largement surestimé, si bien que Catania a payé ces terrains un prix avantageux. Selon Deloitte, Catania a dû payer entre 5 et 7 millions de dollars pour la décontamination, plutôt que 12.


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