Innocent jusqu'à preuve du contraire, rappelle l'avocat de Shafia

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Innocent jusqu\'à preuve du contraire, rappelle l\'avocat de Shafia

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Mohammad Shafia ne parle ni français ni anglais ; il communique en perse avec son avocat, aussi d'origine afghane, qui craint que l'on n'ait pas suffisamment expliqué à son client quels sont ses droits.

Photo: PC

 

Judith Lachapelle
La Presse

«Pourquoi n'arrête-t-on pas de dire que ce sont des Afghans? Pourquoi est-ce qu'on précise que l'on vit ici dans un pays démocratique, où les hommes et les femmes ont des droits égaux? Est-ce qu'on veut dire, a contrario, que mon client ne respecte pas les droits des femmes?»

Me Waïce Ferdoussi, avocat de Mohammad Shafia, en a assez de voir son client être quasi condamné avant même qu'il ait eu le temps de plaider non coupable. «Il est innocent jusqu'à preuve du contraire, dit Me Ferdoussi. Mon client me dit qu'il n'a pas commis de crime, alors je suppose qu'il plaidera non coupable.»

Crime ou suicide?

L'avocat en a particulièrement contre les allégations de «crime d'honneur» lancées par des membres de la famille de Rona Amir Mohammad (la première femme de M. Shafia, trouvée morte en juin dernier dans une voiture à Kingston avec trois filles de Mohammad Shafia, Zainab, 19 ans, Sahar, 17 ans, et Geeti, 13 ans) et reprises par les médias. Zainab Shafia aurait fréquenté un homme malgré la désapprobation de son père.

«On est en train de discuter du mobile du crime alors qu'on ne sait même pas s'il y a eu crime, dit Me Ferdoussi. Et s'il s'avère qu'il s'agit d'un suicide?» Et puis, si les hommes de la maison avaient été si dérangés par le comportement de la fille aînée de la famille, pourquoi s'en seraient-ils pris aux trois autres, dont l'une n'avait que 13 ans»? demande l'avocat.

Présentement incarcérés en Ontario, Mohammad Shafia, 56 ans, ainsi que son fils de 18 ans, Hamed, auraient été tabassés en prison, a appris hier Me Ferdoussi. Mohammad Shafia ne parle ni français ni anglais; il communique en perse avec son avocat, aussi d'origine afghane, qui craint que l'on n'ait pas suffisamment expliqué à son client quels sont ses droits. «Je vais demander à ce qu'ils soient protégés.»

Bouleversé

Mohammad Shafia est bouleversé par les accusations de meurtre qui pèsent contre lui, affirme son avocat. «Il ne comprend pas ce qui se passe. La police avait conclu à un accident.»

M. Shafia, sa femme, Tooba Yahya Mohammad, 39 ans, et son fils Hamed étaient en route vers le bureau de Me Ferdoussi, mercredi matin, quand ils ont été arrêtés par les policiers de Montréal. Ceux-ci les ont remis à leurs collègues ontariens, qui les ont emmenés à Kingston. Ils sont incarcérés au Quinte Detention Centre de Napanee, en Ontario.

Me Ferdoussi dit qu'aucun membre de la famille Shafia ne cherchait alors à quitter le pays. «Ils n'avaient ni passeport, ni billet d'avion sur eux.» Les Shafia ont appelé l'avocat montréalais mardi soir après que des intervenants de la Direction de la protection de la jeunesse eurent emmené leurs enfants.

Me Ferdoussi a aussi reçu de nombreux appels de membres de la communauté afghane outrés par les accusations de meurtre et les allégations de crime d'honneur. «On est en train de faire le procès de toute la communauté afghane! M. Shafia n'a rien d'un fanatique, sa femme non plus, elle ne porte pas de burqa!» Les Shafia se sont installés au Canada il y a deux ans et ont la citoyenneté canadienne. M. Shafia, qui gère une entreprise d'importation de marchandises diverses, y a investi 400 000$, selon Me Ferdoussi.

Les parties doivent revenir devant la Cour supérieure de l'Ontario le 6 août pour prendre connaissance de la preuve. Une date pour l'enquête sous cautionnement sera fixée et les Shafia devraient plaider non coupables. Me Ferdoussi compte demander que le procès se déroule en français - Tooba Yahya Mohammad et Hamed Shafia comprennent mieux le français que l'anglais - et qu'il ait lieu ailleurs qu'à Kingston, où l'affaire fait grand bruit.

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