Les drogues de performance font un tabac auprès des ados québécois

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Les adolescents québécois sont deux fois plus touchés que les autres jeunes... (Archives, LeDroit)

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Archives, LeDroit

Karim Benessaieh
La Presse

Les adolescents québécois sont deux fois plus touchés que les autres jeunes d'Amérique du Nord par la consommation des «drogues de performance» que sont les amphétamines, selon une étude inédite dévoilée hier par un groupe de recherche affilié à l'Université de Montréal.

Au Canada et aux États-Unis, environ 5% des jeunes du secondaire consomment ces drogues et leur version concentrée que sont les méthamphétamines, que ce soit pour perdre du poids, fêter plus intensément ou travailler sans arrêt. Or, a constaté Jean-Sébastien Fallu, président du Groupe de recherche et d'intervention psychosociale (GRIP) et professeur à l'UdeM, au Québec, un élève du secondaire sur 10 a eu recours à ces drogues dans la dernière année, selon les dernières données.

 

En cinquième secondaire, cette proportion atteint 18%, a précisé M. Fallu dans une allocution prononcée hier au Gesù dans le cadre du colloque Les détresses des jeunes du XXIe siècle, organisé par le Service de police de la Ville de Montréal. Ce constat a été obtenu en comparant diverses études publiées depuis 2001.

Le chiffre québécois de 10% est «probablement sous-estimé», dit le chercheur, puisqu'il ne concerne que les élèves de l'école publique, à l'exclusion de ceux des programmes dits alternatifs et des «raccrocheurs».

«Est-ce parce qu'on est plus latins, plus festifs? Avons-nous au Québec une tendance à la performance plus exigeante? On ignore les raisons de ce phénomène», a avoué M. Fallu en entrevue.

Plus globalement, le chercheur a constaté que les jeunes recourent de plus en plus souvent aux drogues stimulantes et de performance, que ce soit sous leurs formes illégales - comme le dévastateur mais encore rare crystal meth - ou légales. Il a notamment relevé la popularité croissante d'une molécule utilisée dans les années 40 puis abandonnée en raison de ses nombreux effets secondaires, la benzylpipérazine (BZP pour les adeptes), utilisée surtout dans un contexte festif.

La BZP a des effets similaires à ceux des amphétamines et est vendue légalement au Canada comme substitut à ces dernières. «Santé Canada a émis un avis en juillet 2008, puis plus rien, note M. Fallu. La BZP est pourtant illégale aux États-Unis, au Japon, récemment en France et en Nouvelle-Zélande.»

Du dépanneur à la pharmacie, entre les boissons énergisantes et des médicaments comme le Ritalin, il est devenu courant pour bien des jeunes d'avoir recours à des substances permettant une meilleure performance. «Au GRIP, nous sommes préoccupés par la banalisation de la prise de médicaments. Il faut être critique face à ça, c'est un problème généralisé.»

Sans aller jusqu'à demander l'interdiction de ces drogues légales, M. Fallu suggère un «protocole» pour en diminuer les risques. Les cardiaques, les épileptiques et les personnes à la santé mentale fragile, notamment, ne devraient pas y recourir. Quant aux usagers, il leur conseille de réduire les doses et d'éviter les mélanges, notamment avec l'alcool.

Les dangers varient selon les drogues utilisées, mais on constate généralement des maux de tête, des étourdissements et de l'irritabilité. Chez ceux qui consomment régulièrement des amphétamines, on a notamment relevé une usure prématurée des dents, des dommages au cerveau et au foie et, dans de rares cas, la mort par surdose.

Quant à en limiter l'usage, le chercheur ne se berce pas d'illusions. «Les solutions ne sont pas simples, sinon on les aurait trouvées il y a longtemps. Je crois qu'il faut d'abord prévenir les effets à court terme, cibler les jeunes consommateurs, qui sont alors plus disposés à écouter. Si vous leur dites qu'ils risquent d'avoir une cirrhose, bien des jeunes pensent qu'ils seront morts d'autre chose avant d'en arriver là.»

 

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