Peu d'entreprises hors Québec déposent des soumissions

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Crise dans la construction

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Crise dans la construction

Allégations de collusion entre les entrepreneurs en construction, liens avec le crime organisé, intimidation sur les chantiers: consultez notre dossier complet sur la crise dans le monde de la construction. »

Des milliards de contrats de travaux publics dans la région. Et bien peu... (Photo: Ivanoh Demers, archives La Presse)

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Photo: Ivanoh Demers, archives La Presse

Stéphane Paquet
La Presse

Des milliards de contrats de travaux publics dans la région. Et bien peu d'entreprises hors Québec qui les obtiennent. Pourtant, le marché leur est aussi ouvert.

Depuis 1993, les entreprises ontariennes peuvent en effet tenter d'obtenir des contrats municipaux dont la valeur atteint 100 000$ et plus. C'est aussi le cas de celles du Nouveau-Brunswick, depuis la fin juin.

Pour les autres provinces, le seuil établi en vertu de l'Accord sur le commerce intérieur est un peu plus élevé: 250 000$.

Un des objectifs de cette ouverture des marchés? «Il y a l'aspect concurrentiel, pour avoir des prix qui reflètent mieux les prix du marché», explique Bruno Doutriaux, coordonnateur de la gestion des accords du marché public au Conseil du Trésor, à Québec.

Plus de concurrence, meilleur prix... sait-il combien d'entreprises des autres provinces ont ainsi répondu aux appels d'offres des municipalités québécoises? «Je n'ai aucune information là-dessus», explique-t-il, ajoutant qu'il demande «depuis un mois» des données à ses collègues des Affaires municipales. À ce ministère, un appel de La Presse en fin d'après-midi est demeuré sans réponse.

À la Ville de Montréal, le chargé de communication Gonzalo Nunez écrit, dans un échange de courriels, que «dans les faits et pour des raisons pratiques, la majorité des entreprises ou fournisseurs qui déposent des soumissions ont leur établissement principalement au Québec».

Un des autres objectifs des accords interprovinciaux est de «forcer les entreprises (québécoises) à être plus concurrentielles», explique encore M. Doutriaux, en se mesurant à d'autres de leur secteur.

Cet objectif ne s'applique toutefois pas aux ingénieurs, architectes, arpenteurs-géomètres, avocats, notaires ou comptables, que l'ouverture des marchés n'affecte pas. «Il y a eu des demandes des professionnels de maintenir ce genre d'exception», explique-t-il encore à propos de ces emplois régis par un ordre professionnel.

À l'Association ontarienne des constructeurs de route, le directeur Rob Bradford soutient que des entrepreneurs ontariens font des affaires de ce côté-ci de la rivière des Outaouais, surtout le long de la frontière. Mais la question des cartes de compétence des travailleurs de la construction arrive vite dans la discussion. «Les travailleurs sont la barrière à la mobilité.» Avec le Manitoba, poursuit-il, il n'y a pas de telles entraves.

Pour le professeur Pierre J. Hamel, de l'INRS-Urbanisation, l'ouverture des marchés sous prétexte d'offrir une plus grande concurrence n'est pas la solution aux maux montréalais. «C'est pelleter le problème par en avant», tranche-t-il.

M. Hamel cite notamment le cas de l'Angleterre, dont le marché est pourtant ouvert au reste de l'Europe, et qui vient de condamner 103 entreprises de construction pour avoir joué avec les prix de 2000 à 2006. Leur système de collusion: le «cover pricing» ou s'entendre pour faire des soumissions trop élevées et ainsi laisser le chemin libre à un constructeur identifié à l'avance par le groupe.

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