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Lawrence Cannon, le maître de l'esquive

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Lawrence Cannon, le maître de l\'esquive

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Lors de sa mission au Moyen-Orient au début du mois de mars, le ministre des Affaires étrangères Lawrence Cannon a déposé une gerbe de fleurs dans le hall du souvenir au mémorial Yad Vashem à Jérusalem.

Photo: Archives Reuters

Isabelle Hachey
La Presse

Le nouveau ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, fraye avec les grands de ce monde. Ces derniers jours, on a vu le p'tit gars de Sillery aux côtés d'Hillary Clinton à Washington, de Benyamin Nétanyahou en Israël, et de Barack Obama (un «type très cool», selon le ministre) à Ottawa. Tout un changement par rapport aux réunions du conseil municipal de Gatineau, où il était conseiller il y a à peine quatre ans.

Quand Lawrence Cannon a été cuisiné par Guy A. Lepage à l'émission Tout le monde en parle, dimanche dernier, ses vieux amis libéraux ont tous pensé à la même chose: l'influence marquante de son mentor, Robert Bourassa.

 

«Bourassa a toujours été son modèle politique», raconte l'avocat Jean Masson, ami de longue date du ministre des Affaires étrangères. «En entrevue à Tout le monde en parle, sa manière d'esquiver les questions les plus difficiles témoignait clairement du fait que cet homme-là a beaucoup appris de son maître!»

C'est peut-être frustrant pour les journalistes, mais la pirouette verbale est un art que tous les politiciens rêvent de maîtriser. Et c'est loin d'être un défaut pour le chef de la diplomatie canadienne. «Lawrence est très prudent. Il a d'excellentes chances de ne pas faire de faux pas sur la scène internationale», prédit le sénateur Jean-Claude Rivest, qui connaît aussi M. Cannon depuis l'ère Bourassa.

Passionné de politique

Lawrence Cannon, 61 ans, est tombé dans la politique quand il était petit. Sa famille, issue de la communauté irlandaise de Québec, est rouge depuis des générations. «Mes deux grands-pères, Lucien Cannon et Chubby Power, étaient ministres sous Mackenzie King. Autour de la table familiale, nous parlions de politique assez régulièrement», se rappelle-t-il.

Sa mère, Rosemary Power, animait une émission à la station anglophone de Québec, CKMI-TV. Elle avait tenu à inscrire son fils à l'école primaire francophone. «Mes parents voulaient faire en sorte que je sois complètement bilingue.»

M. Cannon avait à peine 23 ans quand il a proposé à Robert Bourassa de s'occuper de sa correspondance. «Il a commencé au bas de l'échelle, à rédiger des réponses aux lettres adressées au premier ministre, et il est rapidement devenu responsable de tout le bureau», dit M. Masson.

La première femme de M. Cannon, Denise Bernier, travaillait aussi pour M. Bourassa. Ils ont eu deux fils, Philippe et David. «La politique, c'était notre pain quotidien. Au primaire, je savais déjà tout d'une course à la chefferie. Disons que j'avais une longueur d'avance sur mes camarades de classe!» raconte Philippe Cannon, aujourd'hui chef de cabinet de la ministre libérale Christine St-Pierre.

Après un passage au conseil municipal de Cap-Rouge, Lawrence Cannon a profité du retour de Robert Bourassa à Québec pour reprendre, lui aussi, le chemin de la colline parlementaire. Élu dans La Peltrie en 1985, il est le seul député à avoir jamais battu Pauline Marois. Il fut tour à tour vice-président de l'Assemblée nationale, ministre du Tourisme et ministre des Communications.

«L'homme des tavernes»

C'est à cette époque que son premier mariage s'est désagrégé. Tout comme celui de son bon ami, Dennis Dawson, aujourd'hui sénateur. Ensemble, ils ont fait les quatre cents coups. «On fréquentait les mêmes milieux», confie M. Dawson. La communauté anglophone de Québec? «Non, plutôt les bars de la Grande-Allée!»

Cet épisode a valu au ministre une certaine réputation de noceur. Ses adversaires péquistes le surnommaient «l'homme des tavernes». Des années plus tard, le principal intéressé tempère: «On était jeunes et on aimait évidemment festoyer. Mais au-delà de tout ça, on faisait notre job de façon sérieuse.»

L'homme s'est assagi avec les années. Après le départ de Robert Bourassa, en 1994, il s'est installé à Gatineau avec sa nouvelle épouse, Christine Donohue, une haute fonctionnaire qui lui a donné deux autres fils.

«Étant une bête politique, quand il est arrivé en Outaouais, il n'a pas pu s'empêcher de se présenter au conseil municipal», raconte M. Rivest. Là-bas, ses collègues le voyaient rarement quitter le bureau après 17h. Il se pressait d'aller chercher ses enfants, préférant les arénas de la province aux mondanités.

La première fois que Lawrence Cannon a rencontré Stephen Harper, il lui a d'ailleurs parlé... hockey. «Son garçon et le mien ont le même âge et font tous les deux partie d'une équipe», explique-t-il. Les deux hommes ont clairement des atomes crochus, disent leurs proches. Ils partagent d'ailleurs la même banquette aux Communes. Et s'il arrivait quelque chose au premier ministre, c'est M. Cannon qui serait appelé à le remplacer.

Dans le train conservateur

Pourquoi ce libéral de longue date a-t-il sauté dans le train conservateur? À Gatineau, il visait la mairie. Or, les sondages le classaient loin derrière les autres candidats. L'ADQ l'a courtisé un moment, en vain. Et il n'a jamais aimé les libéraux fédéraux. Il a été rejeté par les bonzes du PLC après avoir soutenu la candidature de Sheila Copps - qui a aussi été sa conjointe - à la course à la direction libérale de 1990. Surtout, comme bien d'autres libéraux du Québec, il n'a pas digéré les efforts de Jean Chrétien pour faire couler l'accord du lac Meech.

En 2005, les conservateurs ont ainsi accueilli Lawrence Cannon à bras ouverts, eux qui cherchaient désespérément un Québécois de sa trempe pour se donner une crédibilité dans la province. Nommé chef de cabinet adjoint, puis ministre des Transports, M. Cannon a rapidement pris la place de Josée Verner en tant que conseiller principal pour le Québec.

En novembre 2006, le ministre s'est empêtré dans ses explications à propos de la reconnaissance de la nation québécoise. Sa valse-hésitation n'a fait qu'alimenter la confusion sur les intentions des conservateurs à ce sujet. Elle aurait aussi passablement irrité M. Harper.

Après un froid, M. Cannon est revenu dans les bonnes grâces du premier ministre. Il compare d'ailleurs volontiers M. Harper à M. Bourassa: «Ils sont tous deux économistes, très cérébraux, et extrêmement chaleureux quand on les connaît. Ils ont aussi une grande passion de la politique.»

 

Un ministère en crise

Quatrième ministre des Affaires étrangères depuis que les conservateurs ont pris le pouvoir en 2006, Lawrence Cannon aura fort à faire pour redonner un peu de panache à la diplomatie canadienne.

Selon Bob Rae, critique libéral en matière d'Affaires étrangères, M. Cannon a hérité d'un ministère en pleine crise existentielle. «Le moral est au plus bas. On n'a pas le personnel nécessaire pour accomplir les missions. Le problème, c'est que Stephen Harper a un préjugé contre le ministère. Il coupe les fonds destinés à la diplomatie. Et il concentre beaucoup trop de pouvoirs dans son propre bureau.»

M. Rae fait écho aux critiques de Joe Clark, qui a été l'un des ministres des Affaires étrangères les plus respectés du pays. Il y a quelques semaines, M. Clark a dénoncé la réduction des budgets alloués à la Diplomatie au profit de ceux de la Défense. «C'est tout simplement pervers, au moment où la diplomatie devient plus importante que jamais», a-t-il affirmé lors d'un discours à Ottawa.

Cela dit, M. Rae ne s'inquiète pas du fait que M. Cannon ait très peu d'expérience en relations internationales. «L'important, c'est qu'il ait beaucoup d'expérience en politique. De plus, il a la confiance du premier ministre. M. Harper a beaucoup de respect pour lui et ça, c'est essentiel.»

 

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