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Yves Bolduc: un ministre dans l'embarras

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Yves Bolduc: un ministre dans l\'embarras

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Dur été pour le ministre de la Santé, Yves Bolduc. Il vient de traverser une deuxième crise en trois mois. Chaque fois, on lui reproche sa gestion chaotique des dossiers, son manque de leadership, ses contradictions.

Photo: André Tremblay, La Presse

Pascale Breton
La Presse

La polémique des derniers jours entourant les règles imposées aux cliniques d'avortement a, une fois de plus, plongé le ministre de la Santé, Yves Bolduc, dans la tourmente. Cette crise s'ajoute à une série d'autres, comme le dossier du CHUM et les erreurs dans les tests de pathologie chez les femmes atteintes d'un cancer du sein, que le ministre a dû affronter depuis sa nomination. Comment est-il perçu par les critiques? Comment le principal intéressé traverse-t-il ces tempêtes? Le point.

Quand le premier ministre doit intervenir personnellement dans un dossier, c'est généralement signe que son ministre est dans l'embarras.

C'est ce qui est arrivé cette semaine. Jean Charest s'est présenté aux côtés du ministre de la Santé, Yves Bolduc, pour assurer que son gouvernement n'avait nullement l'intention de compromettre l'accès à l'avortement.

Le premier ministre voulait éteindre le feu, alimenté en grande partie par M. Bolduc lui-même. M. Charest voulait aussi réitérer sa confiance en son ministre, surtout que certains, dont le président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), le Dr Gaétan Barrette, réclamaient sa démission.

Dur été pour le ministre Bolduc. Il vient d'essuyer une deuxième crise en trois mois. Il a aussi quelques autres controverses à son actif depuis sa nomination, il y a à peine un an.

Chaque fois, on reproche au ministre sa gestion chaotique des dossiers, son manque de leadership, ses contradictions.

Le ministre a tendance à intervenir rapidement, à réagir publiquement et à se rétracter l'instant d'après. Une valse-hésitation qui est bien mal vue en politique.

«Ça devient gênant. Il faudrait qu'il s'assure que ce qu'il dit est vraiment ce qu'il veut dire, et qu'il s'assure aussi d'être appuyé», analyse Réjean Blais, professeur au département d'administration de la santé à l'Université de Montréal.

L'une des responsabilités du ministre de la Santé est de rassurer les gens, souligne le critique péquiste en matière de santé, Bernard Drainville. «Le ministre Bolduc est particulièrement mauvais là-dedans. Tu ne peux rassurer si tu tiens deux discours en même temps.»

Pour l'opposition péquiste, il est clair que le ministre est en sursis. «Il va falloir qu'il arrête de faire des erreurs», note M. Drainville, sans aller aussi loin toutefois que le porte-parole adéquiste en santé, Éric Caire. Ce dernier réclame carrément la démission du ministre. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois.

Du côté des médecins spécialistes, le Dr Gaétan Barrette a pour sa part accusé le ministre d'avoir menti à la population à plus d'une reprise, demandant sa démission à mots à peine cachés.

Inexpérience politique

Au coeur de la tourmente, le ministre semble prêt à encaisser quelques taloches pour faire de la politique comme «il le souhaite».

Attablé devant son petit-déjeuner avant d'entreprendre sa journée publique, M. Bolduc reconnaît lui-même qu'il n'est pas un bon communicateur. «Je veux dire les choses telles qu'elles sont», assure-t-il à La Presse. Au risque que ce soit mal interprété.

C'est impossible d'avoir toutes les réponses au moment où une crise éclate, ajoute M. Bolduc, qui dit ajuster son discours au fur et à mesure. Comme dans un cabinet, lorsque le médecin doit faire des tests avant de poser un diagnostic à son patient.

«Je suis un clinicien, un gestionnaire qui vient faire de la politique, et non pas un politicien qui s'improvise gestionnaire ou clinicien », lance M. Bolduc.

C'est peut-être l'une de ses faiblesses. Tous les experts consultés évoquent son inexpérience politique.

«Alors que l'ancien ministre Philippe Couillard était un bon général, M. Bolduc est plutôt un bon colonel. C'est un bon tacticien plutôt qu'un bon stratège», analyse Réjean Blais, de l'Université de Montréal.

Cette inexpérience politique finit par effriter la confiance du public et du milieu. Au point où certains se questionnent sur sa capacité à occuper le poste de ministre.

«Je reste avec l'impression qu'il est en difficulté, mais il n'est pas brûlé», estime toutefois Louis Massicotte, professeur au département de sciences politiques de l'Université Laval.

Fine connaissance du système

En revanche, le ministre connaît bien le système de santé. C'est son plus grand atout. Médecin, gestionnaire, administrateur, expert-conseil pour le Ministère, il a une longue feuille de route. Même aujourd'hui, il continue ses visites d'hôpitaux pour rester au courant et voir lui-même les problèmes.

Pourtant, il donne souvent l'impression de mal maîtriser ses dossiers. «Je ne suis pas certain qu'il soit bien informé ou qu'il s'enquière auprès des autres pour avoir les bonnes informations», dit Réjean Pelletier, professeur en sciences politiques à l'Université Laval.

Encore faut-il qu'il écoute, ce dont se plaignent certains sous-ministres et directeurs.

«C'est faux. J'écoute beaucoup, rétorque le principal intéressé. Mais quand j'arrive, j'ai une approche de clinicien et, souvent, je connais leurs chiffres aussi bien, sinon plus qu'eux, parce que j'ai plus d'information qui me provient du Ministère. »

M. Bolduc connaît sa valeur et n'hésite pas à rappeler qu'il est un expert. Cette attitude peut en froisser plus d'un et donner une mauvaise impression sur l'homme.

«Il a une connaissance fine du milieu médical, mais j'ai parfois l'impression que ça le dessert. Un ministre doit gérer l'ensemble des dossiers, il n'est pas là pour la gestion quotidienne», dit le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec, le Dr Louis Godin.

Les négociations dans le réseau de la santé arrivent à grands pas. Le ministre devra être solide pour affronter les prochains mois. Les prises de bec avec le président de la FMSQ, le Dr Gaétan Barrette, l'ont bien montré.

* * *

Une année sous le signe de la controverse

> Juin 2008

À peine nommé, le ministre Bolduc critique la gestion du CHUM dans certains dossiers. Le directeur général du CHUM, Denis Roy, démissionne deux jours plus tard.

> Automne 2008

Les médecins critiquent le projet du CHUM. Le ministre annonce qu'il sera revu, avec plus de lits et de salles d'opération. Un certain mécontentement se manifeste ensuite à cause de l'ophtalmologie et du plan fonctionnel et technique.

> Janvier 2009

Le ministre désavoue son directeur national des urgences, le Dr Pierre Savard. Ce dernier a indiqué que l'objectif était d'éliminer les séjours de 48 heures aux urgences d'ici un an. Le ministre le contredit en soutenant qu'il ne veut pas fixer de cibles qui ne pourraient être atteintes.

> Juin 2009

Une étude révèle des erreurs dans l'interprétation de tests de pathologie chez des femmes atteintes d'un cancer du sein. Le ministre dit d'abord qu'il n'a pas eu connaissance de l'étude et qu'elle n'est pas fiable. Puis, il reconnaît qu'il y a de quoi s'inquiéter, avant de nommer des experts pour revoir la question. Il annonce que 2100 tests devront être révisés, un nombre qui montera finalement à 2700.

> Août 2009

La clinique l'Alternative fait savoir qu'elle cessera de pratiquer des avortements parce que les normes de la loi 34 sont trop sévères. Une controverse éclate. Le ministre dit que l'avortement a été inclus dans la loi (réglementant une cinquantaine d'interventions) à la recommandation du Collège des médecins, qui le nie. Le ministre est accusé de vouloir compromettre l'accès à l'avortement et de mentir au public. Il demande un nouvel avis au Collège, et tout indique que l'avortement ne sera pas soumis aux mêmes règles que les autres interventions prévues dans la loi 34.

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