Médecins au bord de la crise de nerfs

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Au cours des dernières années, les graves problèmes... (Photo: François Roy, La Presse)

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Au cours des dernières années, les graves problèmes de fonctionnement du CHUM ont miné le moral des médecins.

Photo: François Roy, La Presse

Michèle Ouimet
La Presse

Mai 2008. Les médecins produisent un rapport-choc* sur les graves problèmes de fonctionnement du CHUM, écartelé entre trois pavillons: Hôtel-Dieu, Saint-Luc et Notre-Dame. Ce rapport de 50 pages étale brutalement le gigantesque ras-le-bol des médecins.

En 2006, la direction a décidé de spécialiser chaque hôpital en attendant la construction du CHUM qui réunira tout le monde sous le même toit: l'urologie et la gynécologie à Saint-Luc, la cardiologie à l'Hôtel-Dieu, la neurologie à Notre-Dame.

 

Deux ans plus tard, c'est la catastrophe: «manque de cohérence et de vision globale», système informatique déficient, «détérioration générale des soins», «grand désarroi» et «détresse des médecins devant la lourdeur de la tâche», transferts de patients d'un hôpital à l'autre dans des conditions parfois rocambolesques, morosité générale.

Les médecins sont au bord de la crise de nerfs.

Le rapport a eu l'effet d'un coup de tonnerre. La direction a réagi. Elle a créé un comité chargé de trouver des solutions. L'informatique? «Les dossiers des patients sont en voie d'être numérisés. Le problème devrait être réglé d'ici un an», précise le directeur général, Serge Leblanc.

«Les médecins acceptent de courir d'un site à l'autre, car ils savent qu'un jour, il n'y aura qu'un seul hôpital», explique de son côté le Dr Paul Perrotte, président du Conseil des médecins, dentistes et pharmaciens du CHUM et cosignataire du rapport.

Le cri d'alarme des médecins a été pris au sérieux, mais les difficultés sont loin d'être aplanies.

«Les médecins et les patients vivent l'enfer, affirme le président de la Fédération des médecins spécialistes, Gaétan Barrette. Imaginez la scène: on vous ouvre le ventre et on trouve une anomalie qui nécessite une intervention générale, sauf que le spécialiste dont vous avez besoin est dans un autre hôpital! Les équipes ne sont pas ensemble. C'est comme ça tout le temps. Dans certains cas, on tourne les coins ronds.»

Le transfert des patients

Autre dossier explosif: le transfert des patients en ambulance d'un hôpital à l'autre.

«Improvisation, incompétence, délais, dérapages, dénonce le rapport. Chaque déplacement est une épreuve pour un patient souffrant, très malade ou instable. Personne n'est responsable. Il n'y a pas d'équipe, pas de médecin désigné, pas de structure ou de protocole.»

Le CHUM ignore combien de patients sont transférés quotidiennement. «Il n'y a aucune surveillance», précise le rapport.

Le directeur Serge Leblanc affirme qu'il y a eu des changements depuis la production du rapport. «Les transferts se font de mieux en mieux et les protocoles ont été standardisés.»

Il avoue que les patients peuvent attendre de longues heures avant d'être transférés. «Urgences-santé a des problèmes de pénurie de personnel, mais le CHUM n'a aucun pouvoir là-dessus», dit-il.

Jusqu'à 12 heures d'attente

À Urgences-santé, la réplique est sèche.

«On s'occupe de Montréal et de Laval et on n'a que 80 véhicules sur la route, explique le porte-parole, Francis Polan. Quand les appels du 911 se bousculent, ça peut être long avant qu'on s'occupe d'un transfert interhospitalier.»

«Les patients peuvent attendre 12 heures dans un sous-sol avant d'être transférés», souligne le Dr Pierre Mayer, cosignataire du rapport. Il précise que le problème des transferts reste entier.

Morosité, déprime, transferts périlleux de patients. Un tableau sombre auquel il faut ajouter la construction du nouvel hôpital, un gigantesque casse-tête logistique qui effraie tout le monde. Et qui va s'étirer jusqu'en 2018. Si tout va bien.

* Rapport du comité stratégique du Conseil des médecins, dentistes et pharmaciens, mai 2008.

 

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