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La Société de développement Angus projette de construire un immeuble de 15... (Photo: André Pichette, La Presse)

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Photo: André Pichette, La Presse

Jean-Christophe Laurence
La Presse

La Société de développement Angus projette de construire un immeuble de 15 étages à l'angle sud-ouest de la rue Sainte-Catherine et du boulevard Saint-Laurent. Ce gros projet de revitalisation, nommé «Quadrilatère Saint-Laurent», aura plusieurs impacts sur ce tronçon de la Main, qui fut jadis au coeur de la vie nocturne montréalaise. Si on se fie aux plans dévoilés par le promoteur, des institutions comme l'épicerie arabe Importations Main, le Montréal Pool Room et le Café Cléopâtre pourraient disparaître, pour faire place à de nouveaux commerces tendance, branchés et équitables.

Est-ce grave, docteur? La mémoire montréalaise est-elle en danger? Faut-il sauver ce qui reste du Red Light? À quelques jours des séances de consultations publiques qui commencent mercredi, historiens et spécialistes du patrimoine montréalais se prononcent. Mais leurs réponses ne vont pas toutes dans le même sens.

Pour Roxanne Arsenault, ambassadrice du Montréal kitsch et étudiante à la maîtrise en culture populaire, cela ne fait aucun doute: la fin du Red Light serait une petite mort pour Montréal. «Il y a comme une aura dans ce quartier, dit-elle. Ça a fait du chemin dans énormément de chansons, de livres ou de films. Je ne pense pas qu'on peut simplement le raser et le remettre à neuf.»

Dinu Bumbaru, d'Héritage Montréal, est du même avis et admet que le dossier est délicat. «C'est un endroit très sensible dont on ne peut nier l'authenticité et le caractère déglingué», résume-t-il. Échaudé par la récente perte du mythique Ben's Delicatessen, M. Bumbaru se dit particulièrement préoccupé par l'avenir du Montreal Pool Room, incontournable du hot-dog montréalais depuis 1912, devenu avec le temps un «élément de fantaisie et de poésie montréalaise».

Le problème, selon lui, c'est qu'on ne met pas si facilement l'histoire dans un bocal, surtout quand il s'agit de commerces vivants. La solution serait peut-être d'intégrer ces «fragments de Red Light» aux nouveaux projets de mise en valeur. Mais tout le défi, dit-il, serait d'en perpétuer l'âme et pas seulement les vitrines. «Il ne faut pas que ça devienne une simple carte postale», souligne M. Bumbaru.

Auteur du livre Saint-Laurent: la Main de Montréal (Septentrion), Pierre Anctil se fait plus tranchant. Oui, ces vestiges d'une époque ont déjà eu leur place sur la Main. Mais ce n'est plus le cas aujourd'hui. Avec le boulevard Saint-Laurent qui se transforme et qui évolue, il serait temps de passer à autre chose.

«Pourquoi maintenir en vie des commerces qui ont fait leur temps? Le boulevard Saint-Laurent n'est pas un musée. C'est un organisme vivant qui ne cesse de changer depuis trois siècles. En ce sens-là, il est normal que certaines choses disparaissent.»

«D'accord. Mais est-ce que l'évolution doit impliquer l'épuration et l'aseptisation du boulevard? demande Roxanne Arsenault, en évoquant les futurs projets d'Angus. En faisant disparaître des lieux mythiques comme Importations Main, Montreal Pool Room ou le Café Cléopâtre, ce n'est pas seulement la mémoire qu'on efface. C'est toute une diversité culturelle et sociale qu'on va perdre. Et c'est cette diversité qui fait la valeur de la Main. Pourquoi ne pas essayer de faire cohabiter tout ça?»

Un compromis est-il possible? L'ancien et le nouveau pourraient-ils cohabiter? De ce côté, ça se présente plutôt mal.

À entendre Christian Yaccarini, responsable du projet chez Angus, pas besoin de conserver un quartier quand on peut tout bonnement exploiter sa mémoire.

«Il y a beaucoup de mythes entourant le boulevard Saint-Laurent, mais disons-le, ça n'a jamais été un endroit pour les sorties en famille, soutient M. Yaccarini. Certainement pas maintenant, pas plus que lorsque c'était un secteur louche. On veut redonner le goût aux Montréalais d'y aller, qu'ils s'y retrouvent et le redécouvrent. On travaille aussi sur un centre d'interprétation qui rappellera l'histoire du Red Light.»

Pourra-t-on y manger des hot-dogs à 99 cents? Ça reste à voir.

 

- Avec la collaboration de Mario Cloutier

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