Et de continuer à chanter cela. Car elle a continué à chanter notre mépris pour la planète Terre et, ultimement, pour ses habitants, tant humains qu'animaux: avec les chansons Actualités (1975), Week-end sur la lune et Hymne à la beauté du monde (1979), Oxygène (1982).
En 1993, elle allait encore plus loin: avec son album Détournement majeur, elle prenait enfin la plume, écrivait tous les textes de ses chansons... et tous étaient traversés par la conscience que nous étions en train de tuer l'environnement. C'était particulièrement évident dans les chansons Le ciel connaît la musique, La dame de cuivre et surtout Le locataire, dans laquelle la Terre s'adresse à l'humain que son bail va être écourté s'il continue à tout massacrer.
Demain, Diane Dufresne va chanter Le locataire. Mais aussi Oxygène, l'Hymne à la beauté du monde et, tirées de son dernier et excellent album, trois chansons qui abordent la question, surtout Terre planète bleue, qui a donné son nom au spectacle et qui est signée Hubert Reeves (sur une musique de Marie Bernard). Elle va aussi «recycler» en quelque sorte ses anciens costumes de scène pour l'occasion. Et investir son cachet complet dans le spectacle.
D'où lui vient donc cette préoccupation incessante pour l'environnement et sur ce que nous lui faisons subir? «Pour ce qui est des chansons de Luc (Plamondon), c'est à lui de répondre, dit Diane Dufresne lors d'une entrevue après la conférence de presse de Terre planète bleue, il y a quelques jours. En ce qui me concerne... Je ne sais pas. Peut-être parce que, quand j'étais petite et que le soleil entrait dans ma chambre avec ses rayons, je pensais que c'était Dieu qui venait me voir... Je fais partie des générations qui n'ont pas fait attention, qui ont abusé de tout ce qui les entourait, reprend-elle. Mais à l'époque, on ne le savait pas. Là, on le sait. On sait les conséquences des moindres de nos gestes. Alors, faisons quelque chose. Faisons la révolution.» En conférence de presse, elle insistera: «Il faut changer le monde. Le monde, c'est nous.»
«Quand elle m'a appelé pour me demander de l'aider à faire ce spectacle, explique de son côté Jean Lemire, capitaine du voilier océanographique Sedna IV, qui participera au spectacle tant sur scène que par ses photos projetées sur les gratte-ciels du centre-ville, Diane m'a dit: Sers-toi de moi comme d'un marchepied pour la cause.»
C'est parce que Michel Rivard, Daniel Lavoie, Michel Pagliaro, Pierre Flynn, la chorale Les Voix ferrées, bref les quelques 65 personnes qui seront un moment ou un autre sur la scène, avaient eux aussi envie d'être des «marchepied» musicaux ou écologistes qu'ils participent au Terre planète bleue. Et ce n'est pas pour la frime: Jimmy Lakatos, le petit génie qui va signer les projections de photos sur les immeubles, se déplace en bicyclette et verse toujours un pourcentage de ses honoraires aux causes environnementales. Et, pour reprendre les mots de Richard Langevin, conjoint de Dufresne, «Diane met ses 45 ans de show-business dans ce spectacle.» Au sens littéral du terme: personnellement, artistiquement et financièrement.
«C'est une belle époque, dit Diane Dufresne, une époque de changement. On peut changer! Je fais ce spectacle comme une prière.» Que pense-t-elle alors de cette mode du vert et des fabricants qui récupèrent le discours environnementaliste, ces temps-ci? «Eh bien, tant mieux. Ils sont obligés de tomber dans cette «mode». Ils vont devoir tenir compte de l'environnement! C'est déjà ça. Certains scientifiques, comme Hubert Reeves, pensent qu'il ne restera plus un être humain sur Terre, dans un avenir assez rapproché, juste les animaux de moins de trois kilos. Si on bouge vite, si on s'y met ensemble, il va peut-être en rester, des humains, dans notre monde...» Attention, habitants de la Terre.








