Q: Première question, LA question de l'année: t'es-tu fait vacciner contre la H1N1?
R: Oui. Et j'ai adoré la sensation de l'aiguille qui pénètre mon bras pour distribuer son poison. Comme petit-bourgeois à succès, j'ai parfois besoin d'une douleur pour me confronter. Me brasser. Me vivifier. Et comme j'adore ma communauté, je suinte de joie quand je sais que ma douleur au bras est socialement partagée par tout le monde, comme celle à la tête après la réélection de Gérald Tremblay. J'en profite d'ailleurs pour rendre hommage à l'équipe d'infirmières montérégiennes qui m'ont fermement empêché de passer devant tout le monde (les Laurentiennes en auraient été incapables) et remercie aussi ce gentil infirmier homosexuel qui a su si bien m'injecter, sachant contrôler son élan, se retenant de me faire la cour et ne me demandant rien en retour. Parfois, lorsque la vie est si bonne, je me remets à croire en l'être humain. Je n'aurais jamais vécu d'aussi grandes joies sans cette alerte nationale, et à peine exagérée, à la vaccination. Merci au Ministère.
Q: Quel est l'événement qui, en 2009, t'a le plus marqué?
R: Ils sont nombreux. La première année d'Obama, les scandales de corruption, le triste souvenir de Polytechnique, les énièmes révélations de scandales pédophiles chez les prêtres, la déroute du capitalisme, les pertes d'emplois, le vide abyssal chez Stephen Harper, le quasi-flop de Copenhague... Mais également la joie de mon fils à l'Université de Montréal en histoire et de ma fille en théâtre à l'ENT, le voyage au bras de ma blonde en Italie et ma sidérante régularité intestinale.
Q: Quelle est la personnalité qui, au vu de sa performance en 2009, devrait considérer la retraite en 2010?
R: Mon esthéticienne.
Q: Quelle est la personnalité qui, au vu de sa performance en 2009, ne devrait surtout pas prendre sa retraite en 2010?
R: Les idéalistes, les rêveurs intelligents, n'importe qui avec une vision, les enthousiastes malgré le cynisme.
Q: Quand Vincent Lacroix se pointe à la télé, quel est ton état d'esprit?
R: Je le trouve plutôt joli garçon depuis ce court séjour en prison qui a affiné sa taille. Il ressemble maintenant à une jeune ballerine. De requin fourbe, il est passé à petit rat de l'Opéra. On peut d'ailleurs le voir chanter et danser ces jours-ci - entre deux représentations de Casse-Noisette - dans Le rat de l'Opéra, d'après la Symphonie Fantastique de Berlioz:
«Il était une fois un gentil rat vivant à la pointe du raz
Ce rat-là râlait au fond d'un placard, d'un placard à ballet
Il se disait le destin est méchant
Qui ne su faire de moi qu'un rat, qu'un rat des champs.»
Q: Quand Michael Ignatieff se pointe à la télévision a) tu changes de poste; b) tu as envie de t'impliquer en politique; tu te demandes c'est qui...
R: Je constate à quel point il est intelligent, tout en combattant le sommeil.
Q: Le congédiement de Guy Carbonneau est-il une injustice?
R: Yesss! Parlons des vraies choses. J'ai du respect pour Bob, mais je crois foncièrement, dans mon coeur d'athlète, que Guy aurait tellement plus à apporter à l'organisation que Bob, et que le club de Bob a plus que jamais besoin de son Guy. J'ai enquêté là-dessus presque à temps plein depuis un an, pour en arriver à cette étonnante conclusion. J'ai tout écrit, à la plume, ma réflexion exhaustive dans un cartable bleu que je garde, scellé dans une chambre forte, à la maison, jusqu'à ce qu'une Zone quelconque, ou qu'une Attaque à plusieurs, soit prête à me recevoir pour en révéler le contenu sur les ondes cathodiques. Ça va fesser en ta.
Q: Gérald Tremblay, réélu à la mairie de Montréal, c'est...
R: Deuxième vaccin PLUS des Tylenol. Semaine de repos obligatoire. Voir des amis, lire des bons livres... Faire du sport. Oublier. TOUT pour oublier mon régionalisme affligeant... Pourquoi, Seigneur? Pourquoi m'as-tu fait ça?
Q: Es-tu de l'école de pensée qui prône que chaque ville du Québec devrait avoir un maire de la trempe de Régis Labeaume, maire de Québec?
R: Rien n'est plus beau et vibrant que le régionalisme. Le maire doit inspirer, mais aussi refléter son village. Quand le maire Labeaume ouvre la bouche, c'est mon Québec que j'entends. Quand il est choqué, c'est mon Québec qui rouspète. Quand il bouge les bras et s'agite, ce sont les voiles claquantes des bateaux du roi que je distingue au loin, là-bas, s'avançant vers moi... Il représente parfaitement sa ville. Ne lui manquent que des moustaches retroussées.
Q: Le dossier du CHUM a, encore en 2009, fait du surplace avec une belle régularité. Qu'est-ce que cela révèle sur les Québécois?
R: Que tant qu'on maintiendra cette belle régularité, rien ne presse.
Q: Les Québécois, cet automne, grâce aux révélations de journalistes de plusieurs médias, dont ton préféré (Radio-Canada) et mon préféré (La Presse), ont pu apprécier toute la belle magouille qui unit le triumvirat des gangs de route, du monde politique et des grands travaux financés par les taxes. Es-tu déjà allé te prélasser sur le yacht d'un millionnaire de la construction? As-tu été fâché par ces révélations? Sont-ce des pratiques vieilles comme le monde, au fond, que de graisser des pattes en échange de juteux contrats? Est-ce seulement la pointe de l'iceberg? Commission d'enquête ou pas?
R: Je ne connais pas de millionnaire, Patrick; je n'ai jamais fait que du canot et ne pratique que très peu la construction. Mais, contrairement à l'opinion générale, je n'ai rien contre la corruption. Je m'y suis habitué. En fait, je la côtoie sans cesse. À Radio-Canada, par exemple, on essaie de me corrompre chaque jour; mes patronnes me lancent des yeux doux et se mouillent les lèvres chaque fois qu'elles me croisent, les préposés au stationnement me laissent entrer sans ma carte d'accès, des gens à l'accueil tentent de me séduire quand j'arrive, laissant leurs mains vagabondes s'agiter à faire, à répétition, des rotations suggestives sur mes fesses.
Q: Copenhague: la conférence vient de prendre fin, sur un succès mi-figue mi-raisin. Le réchauffement planétaire peut-il vraiment être ralenti par des centaines de chefs d'État aux intérêts divergents?
R: Pardonnez-moi cet autre lieu commun qui s'expulse de ma bouche: je suis toujours stupéfait de constater à quel point l'intérêt économique prend chaque fois le dessus, malgré l'évidence accrue de la santé précaire de notre planète. les chefs d'État composent avec la situation et le lobbying économique de leur pays. Ils n'ont pas le choix de faire de la politique. Ici donc, le sémillant Stephen Harper, par exemple, a peur des Albertains qui ont peur pour leurs sables bitumineux et Jean Charest ne peut pas - autant qu'il le voudrait? - critiquer la mollesse du Canada et agir comme il veut... Bon. Pourquoi ne pas créer un suprême tribunal mondial de l'environnement, fougueux comme un jeune amant, au-dessus des gouvernements, pour légiférer des lois sensées et surveiller leur application? Le maire Labeaume pourrait en être nommé le juge en chef. Il pourrait alors profiter de l'occasion, le jour de l'inauguration, pour arborer, à la face du monde entier, des nouvelles moustaches retroussées... Eh criffe! I have a dream.
Q: Le cinéaste, polémiste, écrivain Pierre Falardeau est mort cet automne. Réaction?
R: J'aimais M. Falardeau. Autant il m'énervait parfois, autant je l'admirais. Comme j'admire les véritables intellectuels que je devine de loin, en haut, là-bas, qui s'octroient le droit de tout dire - et de toutes les façons - sur tout... ce que les véritables font bien, même s'ils me tapent sur les nerfs. Je ne le connaissais pas tant que ça, mais dans le cynisme et la démission générale, je trouvais ses propos lucides, parfois mal à l'aisant, mais toujours inspirants et sincères. Mais avant d'être un polémiste, pour moi, c'est d'abord le cinéaste dont j'ai adoré la sensibilité dans certains très beaux films. Je vous salue, M. Falardeau.
Q: Occupation double est une cible fréquente de 3600 secondes d'extase. Notre engouement collectif pour cette téléréalité révèle quoi sur l'inconscient québécois?
R: Je sais pas, Patrick, je sais pas... Je suis perdu. Désespéré. Dans un noir total. Vite un vaccin.
Q: Un livre, lu en 2009, qui t'est resté dans la tête?
R: Comme bien du monde, La route, de Cormac McCarthy. Un livre que t'as lu, je pense. Moi, c'est James Hyndman qui me l'a donné à ma fête. C'est fin, hein? Y'est fin, James. Y'est grand aussi. C'est un grand gars. Fin. Dans tous les sens. C'est mon ami. J'suis chanceux, hein? En as-tu des amis comme ça, toi? As-tu seulement des amis, Patrick?











