L'approche a l'avantage de créer un lien très étroit entre le sujet et le lecteur. Très vite, on est happé par ce récit biographique orchestré comme un roman qui fait la part belle aux frasques de ce créateur aux appétits intellectuels, sexuels et psychotropes apparemment insatiables. On s'y perd un peu - Brassard passe facilement, et sans prévenir, d'une époque à une autre -, mais on a une prise directe sur sa vision du monde et sa perception de son métier.
L'ouvrage montre un bum génial, mais ne parvient pas à donner toute la mesure de cet artiste qui a grandement contribué à tirer le théâtre québécois dans la modernité. Sa relation avec Michel Tremblay est racontée de manière transparente, mais on reste sur notre faim quant à sa vision des autres dramaturges qu'il a fréquentés et auxquels il est revenu pendant toute la durée de sa carrière.
Genet, écrivain capital pour lui, n'est pas exploré en profondeur. Beckett non plus. Et pourquoi aucune réflexion sur le théâtre gai des années 80, alors que Brassard a aussi mis en scène des pièces de Normand Chaurette et Michel Marc Bouchard? La théâtrographie, bien qu'instructive, n'aide pas à distinguer les créations de leurs reprises. Et comme Brassard a monté plusieurs fois un grand nombre de pièces de Tremblay, cette nomenclature peut prêter à confusion.
Le récit autobiographique de Guillaume Corbeil, qui se lit vraiment comme un roman, donne une prise sur l'homme, mais souffre d'un manque d'approfondissement en ce qui a trait à son parcours artistique. Pour compléter le tableau, il faut encore lire le recueil d'entretiens de Brassard avec Wajdi Mouawad.
Brassard
Guillaume Corbeil
Libre Expression
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