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Burning Spear : le retour du vieux lion

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Burning Spear : le retour du vieux lion

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Burning Spear jouit d'une réputation et d'une popularité considérables. Il n'en a pas toujours été ainsi, surtout au début de sa carrière.

Photo FIJM

 

Philippe Renaud, collaboration spéciale
La Presse

L'apôtre de Jah Winston Rodney, mieux connu sous son nom de scène Burning Spear, est l'une des figures les plus durables du roots reggae. Ses concerts sont l'occasion d'une défoulatoire communion sur des rythmes qui portent à la transe. De retour au Festival de jazz après cinq ans d'absence, le musicien et son orchestre partageront la scène avec la machine à succès Toots & The Maytals. Entretien avec le vétéran jamaïcain.

«Vraiment, ce qui me pousse à continuer à faire de la musique et à donner de généreux concerts aujourd'hui encore, ce sont les fans, man. Les fans m'attendent: lorsque je monte sur scène, ils sont prêts, ils se préparent à passer un bon moment. When de fans feel you, an' you feel dem, rien ne peut t'empêcher de continuer ton travail», dit la légende en échappant un grand rire.

À 61 ans, Burning Spear est toujours une force de la nature. Si sa discographie contient assez de classiques pour mériter le respect des amateurs de reggae, ce sont ses concerts qui en font un artiste encore très demandé dans le monde. Ses spectacles deviennent de véritables liturgies reggae qui s'étirent pendant plus de deux heures, irrésistiblement groovy, propulsées par huit musiciens chevronnés. «Je me prépare avant un concert par la concentration, très sérieusement, dit Burning Spear. C'est important parce que je crois que cette musique fait du bien aux gens, depuis longtemps.»

Si l'auteur, compositeur et interprète jouit aujourd'hui d'une réputation et d'une popularité considérable, il n'en fut pas toujours ainsi, surtout au début de sa carrière.

En 1969, la pop jamaïcaine traversait une nouvelle période de transformation. La musique sortait à peine de l'ère rocksteady, et progressivement, la basse s'est imposée comme l'instrument premier de ce nouveau genre de musique -le reggae- qui, quelques années plus tard, devenait le véhicule de messages spirituels, sociaux et humanitaires qui ont vite fait le tour de la planète, merci à Bob Marley.

Merci aussi à Burning Spear; ses albums Rocking Time (1974), Marcus Garvey (1975, et sa version dub, Garvey's Ghost, parue l'année suivante) et Marcus' Children/Social Living (1978), ont tout autant défini l'époque que les Catch a Fire ou Exodus de son ami Marley. Sauf qu'à ses débuts chez Studio One en 1969, Burning Spear était perçu comme un extraterrestre. Personne n'écoutait ses chansons qui chantaient les louanges de Jah Rastafari. Personne, sauf Clement Coxsone Dodd, patron de Studio One, qui lui a donné sa première chance.

Un précurseur

En avance sur son temps, le musicien? «C'est vrai. À l'époque, j'étais le seul à aborder ces thèmes dans mes chansons. Ce n'est que beaucoup plus tard que j'ai commencé à entendre d'autres chanteurs parler de Jah ou de la condition des Noirs. À cette époque, personne d'autre ne parlait de Babylone dans ses chansons. Ça choquait les gens lorsque je chantais à propos de l'esclavage!»

«J'ai établi un standard avec mes chansons, ajoute-t-il. La fondation du reggae». Ses premiers titres comme Door Peeper, This Race, Zion Higher, New Civilisation, We Are Free, enregistrés chez Studio One -«C'était mon université!» commente-t-il- au tout début des années 70, contiennent déjà tous les codes du reggae.

Plus tard, le musicien et parolier s'est raffiné, enregistrant auprès des producteurs Jack Ruby ou Harry J (le classique Marcus Garvey, paru chez Island). «J'ai dû trimer durant mes premières années, parce que rien de fonctionnait pour moi. Mais je n'ai jamais fait de compromis, je suis toujours resté intègre.»

Pour de nombreux fans, Burning Spear est aussi ce personnage mystique et mystérieux, et ce drôle d'ange qui tient son propre rôle dans le film Rockers de Ted Bafaloukos (1978). La scène où il console et conseille le pauvre Horsemouth assis sur un mur de pierre, au bord de la mer, en lui chantant, a cappella, Jah No Dead, est d'anthologie.

La spiritualité est une part importante de l'oeuvre et de la vie du musicien, un rasta encore dévoué. «Le rastafarisme a encore un sens et une importance en 2009, dit-il. Pour moi, essentiellement, c'est ce qui m'a guidé, et me guidera encore jusqu'au bout. C'est une manière de vivre, d'abord et avant tout. Une vie d'amour et de paix.»

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