Une truite pour Ernestine Shuswap : un conte habilement orchestré

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Saison théâtrale autome 2009

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Ce qui frappe d'abord dans Une truite pour... (Photo: fournie par la production)

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Ce qui frappe d'abord dans Une truite pour Ernestine Shuswap, c'est la beauté et la pertinence du décor d'Olivier Landreville.

Photo: fournie par la production

 

Alexandre Vigneault
La Presse

Ce n'est pas un hasard si une reproduction de La Cène domine le décor au début d'Une truite pour Ernestine Shuswap. La célèbre fresque de Vinci, où Jésus annonce à ses apôtres que l'un d'eux le trahira, dévoile deux éléments clé de la pièce de Thomson Highway: le banquet préparé pour le Grand Gros Kahoona du Canada (Sir Wilfrid Laurier) et la trahison subie par les Amérindiens.

Le dramaturge a concentré l'action de sa pièce - et un très large pan de l'histoire des Amérindiens - en une seule journée. Ce jour-là, quatre femmes d'un village de Colombie-Britannique doivent préparer un énorme repas pour cet invité de marque capricieux qu'est le premier ministre du Canada, auquel leur peuple espère faire valoir ses doléances.

Or, à mesure que Laurier approche, les interdictions pleuvent et l'espoir s'effrite. Et la plus jeune d'entre elles, Delia Rose Johnson (Sharon Ibgui), est de plus en plus déchirée: comment choisir entre sa famille de sang et celle de l'homme blanc qu'elle a épousé et dont elle porte l'enfant?

Ce qui frappe d'abord dans cette production, c'est la beauté et la pertinence du décor. Olivier Landreville a conçu une structure de bois faite de planches juxtaposées évoquant un barrage de castor. La matière, assemblée de manière à créer une impression d'ondulation, symbolise à la fois la terre, la forêt, la montagne et la rivière. Le territoire ancestral des Amérindiens.

Ce magnifique plateau, éclairé par Claude Accolas, est aussi dominé par un totem muni d'un long nez - inévitablement, on pense aux mensonges des politiciens. Un grand nombre d'énormes poteaux sont par ailleurs plantés dans l'aire de jeu. Inclinés au centre et droits comme des barreaux de prison sur les côtés, ils font écho à l'effondrement du monde des Amérindiens, que les Blancs ont ni plus ni moins enfermés.

Connivence avec le public

Le metteur en scène André Brassard a d'ailleurs insisté pour que les spectateurs se sentent concernés. Ses comédiennes cherchent souvent la connivence avec le public, notamment en insistant sur les répliques où les personnages s'adressent à lui. Aussi, lors de la lecture d'un texte résumant la manière dont les Premières Nations ont été dépouillées, la lumière se fait sur les gradins.

L'assistance perd soudain son immunité et se trouve d'office intégrée au spectacle. C'était nécessaire: ainsi plongé sous les feux des projecteurs, chaque spectateur est forcé d'interroger sa sensibilité... ou son indifférence quant au sort des Amérindiens, un sujet qui, avouons-le, ne préoccupe pas grand-monde.

Une truite pour Ernestine Shuswap n'est toutefois pas une pièce à thèse. C'est avant tout un conte habilement mené, savoureusement ironique (le texte se moque beaucoup des politiciens «capables de changer leur langue en bois» et un peu des Québécois) et ponctué de passages oniriques. La scène où, lasse d'attendre son Joe, Ernestine (Pierrette Robitaille) décide d'aller pêcher elle-même sa truite est d'ailleurs très réussie, même si son caractère enfantin détonne du reste du spectacle.

Pour donner vie à ces quatre femmes habitées par l'histoire de leur peuple et placées devant sa mise au ban, il fallait des actrices de calibre. Elles le sont. De l'exaltée Isabel Thompson (Violette Chauveau, théâtrale à souhait) à la méfiante Annabelle Okanagan (Kathleen Fortin, à qui on doit la scène la plus émouvante du spectacle), en passant par la sagace Ernestine Shuswap, à qui Pierrette Robitaille prête son visage expressif et sa vivacité.

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Une truite pour Ernestine Shuswap, de Thomson Highway, est présenté à l'Espace Go jusqu'au 10 octobre.

 

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