La chicane de bas étages

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La chicane de bas étages

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Le maire Régis Labeaume

Photo: PC

François Bourque
Le Soleil

Québec souhaite redonner vie au secteur de la rue D'Estimauville, près de l'hôpital Robert-Giffard, en y attirant des édifices à bureaux, des laboratoires et des centres de recherche sur le cerveau.

Elle souhaite que cette NeuroCité ait sur D'Estimauville le même impact que la culture, l'enseignement et le multimédia dans Saint-Roch. Le projet fait consensus. Reste à savoir ce que les pouvoirs publics sont prêts à faire pour le réaliser, car ce soutien sera nécessaire, comme il fut nécessaire au centre-ville : le jardin Saint-Roch, les subventions, les incitatifs fiscaux, l'implantation d'édifices gouvernementaux et universitaires.

C'est dans ce contexte qu'il faut placer la volonté de l'administration Labeaume de limiter la hauteur des immeubles à bureaux à Sainte-Foy.

Le secteur du boulevard Laurier affiche actuellement le plus bas taux de vacance et attire les promoteurs à cause de sa proximité avec les ponts et les autoroutes.

Deux projets majeurs sont déjà en chantier, coin boulevard Laurier et route de l'Église et plusieurs autres sont en gestation.

Trop d'espaces à bureaux à Sainte-Foy risque de tuer le marché et de compromettre les chances d'attirer des promoteurs à la Cité du cerveau, croit Régis Labeaume. Sans compter les impacts possibles sur le quartier Saint-Roch.

L'argument mérite réflexion.

Il peut sembler surprenant que le maire Labeaume veuille freiner l'appétit des développeurs, lui qui a promis de leur faciliter les choses.

Mais puisqu'il vise la relance de D'Estimauville, le raisonnement semble logique et justifiable.

Le problème, c'est que rien ne prouve que freiner la construction à Sainte-Foy aura l'effet recherché.

«C'est la première fois que j'entends cet argument et je ne suis pas d'accord», confie Émile Larochelle, expert dans l'évaluation du marché des bureaux.

Il est évident qu'il faudra beaucoup plus pour convaincre des promoteurs d'investir à la Cité du cerveau.

Si on veut répéter la recette du centre-ville, il faudra aussi des subventions et des avantages fiscaux; peut-être un grand geste d'aménagement, comme ouvrir la rue D'Estimauville sur les battures de Beauport, juste à côté.

Le fédéral pourrait aussi jouer un rôle, lui qui cherche à regrouper dans un nouvel immeuble ses 750 fonctionnaires éparpillés sur le territoire de Québec.

La Ville tente depuis longtemps de convaincre le fédéral de s'installer à D'Estimauville et pensait avoir été entendue. Sauf que le ministère fédéral des Travaux publics et des Services gouvernementaux vient d'annoncer qu'il reprend à zéro son processus de recherche.

L'administration Labeaume veut limiter les tours à bureaux de Sainte-Foy à

17 étages ; l'arrondissement Sainte-Foy-Sillery, contrôlé par des conseillers de l'opposition, irait plutôt à 20 étages.

Un écart relativement mince, mais suffisant pour qu'éclate une nouvelle querelle de bas étages.

Le maire reproche à l'opposition de vouloir attirer tout le développement à Sainte-Foy, comme à l'époque de la concurrence stérile d'avant les fusions.

C'est ridicule.

L'arrondissement de Sainte-Foy ne retire pas un sou supplémentaire lorsqu'il accueille de nouveaux projets. Il n'a aucun intérêt à élever les plafonds de construction, surtout que c'est Sainte-Foy qui souffrira de l'alourdissement de la circulation sur le boulevard Laurier.

De son côté, l'opposition reproche au maire Labeaume de tout centraliser et de mépriser le travail des élus locaux.

C'est vrai que M. Labeaume agit de façon cavalière avec l'opposition en la tenant à l'écart de ses réflexions.

Sauf qu'il y a ici suffisamment d'enjeux importants au plan urbain et économique, pour que l'opposition cesse de n'y voir qu'une puérile question d'ego et de jeux de pouvoir.

Avant de penser à élever les immeubles, on pourrait commencer par élever le débat.

 

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