Docteur, ça pique!

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Hugo Dumas
La Presse

Personne n'en parle vraiment. C'est quasiment aussi tabou que d'avouer sa dépendance aux Feux de l'amour ou, pire encore, de révéler à sa douce moitié que l'on a chopé une maladie honteuse au dernier party de bureau.

En toute humilité, j'espère que mon témoignage aidera d'autres victimes de la punaise de lit à briser le silence et à enfin aller chercher de l'aide. Oui, c'est possible de s'en sortir. Je l'ai fait. Et ensemble, nous combattrons la honte (tu fais jamais le ménage, toi?) et les nombreux préjugés (il n'y a que les gens sales qui attrapent ça!) associés à cette bestiole vorace.

 

J'ai passé plusieurs nuits à combattre ces punaises affamées, qui ont infesté ma maison une première fois au printemps 2006, au retour d'un voyage à Tokyo, puis une deuxième, exactement un an plus tard. L'horreur avec un grand H. Sans blague.

Comme ces atroces bibittes à peine plus grosses qu'une tête d'épingle ne se pointent que la nuit, les premiers signes de l'infestation, vous les verrez sur votre corps. Moi, j'ai eu l'abdomen, les avant-bras et les jambes couverts de morsures rougeâtres et boursouflées. Diagnostic: ça pique en tabarouette. Docteur, que se passe-t-il avec moi? Est-ce ça, la gale?

Non, vous vous faites piquer par un insecte, m'a-t-il répondu sur un ton voulant dire: Calmez-vous, bon sang! O.K., mais lequel, lequel? ai-je demandé, un brin hystérique, tout en grattant frénétiquement mes plaies. Aucune idée, a-t-il répliqué. Merde.

Après avoir tapé la liste de mes symptômes dans Google, bingo!, une photo de l'affreuse punaise de lit (avec ses minuscules crocs et ses pattes poilues) a clignoté à l'écran. C'est donc ce mini vampire qui me bouffe vivant? Comment s'en débarrasser?

J'ai tout lu sur le sujet, vraiment tout, et je suis devenu complètement paranoïaque. J'ai lavé tous mes vêtements à l'eau chaude, à l'eau frette, j'ai vidé tous les placards, ouvert toutes les fenêtres, fourré tous les coussins au congélateur et jeté tous les draps, les oreillers et les couettes. J'ai javellisé l'appartement au complet, j'ai décollé mon lit du mur, j'ai enroulé les pattes des sofas de ruban à double face pour attraper les&*%$ de punaises, j'ai même pris ma douche au Kwellada... Rien à faire, elles continuaient de me mordre à un rythme hallucinant.

La nuit, je ne dormais plus, terrorisé à l'idée que ces petites bêtes soient présentement en train de me siphonner le sang. J'ai campé sur le canapé. Elles m'ont suivi au salon. J'ai passé d'autres nuits blanches à éplucher des sites web suggérant mille et une façons de chasser ces insectes répugnants.

Après plusieurs jours de frottage et de lavage intensifs, miracle! les punaises ont disparu. Mais rebelote, elles sont revenues en force au printemps 2007. Cette fois, pas de niaisage: c'est l'exterminateur. Coût de la facture: 300$. Si l'odeur du diable a mis plusieurs mois à se dissiper, la honte, elle, est toujours restée. La face de la pharmacienne, quand vous lui demandez du Kwellada (un shampoing contre les morpions), ça ne s'oublie pas facilement. Oh! non.

 

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