Réjean Tremblay rappelait hier l'aberrante décision de Dave King d'écarter Mario Lemieux de sa formation, en 1984. Mais ça ne s'est pas amélioré depuis. Je me suis amusé à éplucher les alignements des équipes qui ont représenté le pays au Mondial depuis un quart de siècle. Le résultat en dit beaucoup sur la faiblesse du hockey junior québécois... ou sur les préjugés des sélectionneurs, selon le point de vue qu'on adopte.
Entre 1984 et 2009, soit en 26 ans, 79 joueurs québécois ont porté le chandail unifolié (64, en fait, si on exclut les doublons causés par les joueurs ayant participé au tournoi à deux ou trois reprises). Ça représente une moyenne de 3,03 joueurs par saison, sur des formations de 20 à 22 joueurs.
Encore une chance que le Québec ait formé de bons gardiens au fil des ans: de Jimmy Waite à Jonathan Bernier en passant par Roberto Luongo, Marc Denis et Marc-André Fleury, pas moins du quart des représentants de la province depuis 1984 ont été des émules de Patrick Roy.
En fait, historiquement, le Québec a envoyé deux types de joueurs au Championnat du monde junior: des gardiens et des attaquants d'élite, comme Vincent Lecavalier, Simon Gagné ou Daniel Brière. Et encore, Gagné, meilleur buteur du championnat de 1999, à Winnipeg, était à l'origine le 13e attaquant de la formation canadienne.
Le commissaire de la LHJMQ, Gilles Courteau, refuse de parler de discrimination. Mais c'est de la sémantique. «Il y a des étiquettes, des préjugés au sujet du genre de joueurs qu'on développe, dit-il. Un gars de troisième trio, un checker capable de bien jouer défensivement, il a besoin d'être très bon pour convaincre les dirigeants de Hockey Canada.»
Les défenseurs québécois n'ont pas la cote non plus. Pour un Éric Desjardins ou un Patrice Brisebois (qui ont représenté le Canada deux fois chacun), il y a aussi des cas comme celui de Marc-Édouard Vlasic. «On avait eu de la misère à l'inclure dans l'équipe du Défi ADT Canada-Russie, se souvient M. Courteau. On avait réussi pour une seule raison, en disant que ça prenait des produits locaux parce qu'on jouait à Québec.»
Le Québec aurait sûrement plus de facilité à promouvoir ses joueurs si les entraîneurs de la LHJMQ prenaient plus souvent la barre d'Équipe Canada. Ce n'est pas un hasard si sept joueurs québécois ont pris part au tournoi de 1998, quand Réal Paiement dirigeait l'équipe. (Oui, je sais, le Canada avait fini huitième cette année-là.) Ou si six hockeyeurs de la province ont été choisis en 2000, l'année où Claude Julien était à la tête de la formation.
Hockey Canada a une réponse imparable à toutes les critiques: les succès de l'équipe nationale junior. Vingt podiums en 26 ans, une médaille de bronze ou mieux de 1999 à 2008 et l'or chaque année depuis quatre ans. La tendance est lourde et elle ne ment pas: la recette de Team Canada fonctionne.
Mais on ne me fera pas croire que de tels résultats n'auraient pu être obtenus avec une représentation plus équitable des joueurs du Québec.











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