Hier matin, les équipes réunies au sein de la Team Owners Association (TOA) ont annoncé par communiqué leur rupture avec la USL-1 et la création d'une nouvelle ligue de soccer.
La première saison débuterait dès avril 2010, avec au moins sept clubs: l'Impact, les Whitecaps de Vancouver, les Silverbacks d'Atlanta, les Railhawks de la Caroline, le Miami FC et le Thunder du Minnesota, en plus d'une nouvelle formation, St. Louis Soccer United.
Une demande a été déposée lundi à la United States Soccer Federation (USSF) afin qu'elle sanctionne cette nouvelle ligue de division II. Une démarche similaire sera bientôt entreprise auprès de l'Association canadienne de soccer.
On apprenait aussi dans le communiqué que le président de l'Impact, Joey Saputo, était le président du conseil des gouverneurs de la ligue. «Ce n'est pas une nouvelle ligue typique, a dit Saputo. La plupart de nos équipes existent depuis des années. Nous avons réuni certains des meilleurs propriétaires, équipes et marchés autour d'une vision nouvelle pour une ligue de soccer professionnelle en Amérique du Nord.»
Peu après midi, coup de théâtre. Dans une déclaration sur le site internet de l'Impact, Saputo affirme que «les pourparlers se poursuivent entre l'Impact de Montréal et la USL». «Nous travaillons toujours sur différentes options en vue de la saison 2010, dont la possibilité que l'Impact soit dans la USL-1 ou dans une nouvelle ligue. (...) Puisque nous sommes déjà le 10 novembre, nous devions remplir une demande de création d'une nouvelle ligue auprès de la USSF afin que cette option demeure envisageable.»
En clair, tous les scénarios demeurent sur la table.
Son de cloche complètement différent à Vancouver. En entrevue téléphonique, le président des Whitecaps, Bob Lenarduzzi, a indiqué que son club n'avait eu aucun contact avec les dirigeants de la USL-1 au cours des dernières semaines. «Nous avons l'intention d'aller au bout du processus de sanction (de la nouvelle ligue) auprès de la USSF», a-t-il dit.
Lenarduzzi nie que l'annonce d'hier soit une façon de mettre le fusil sur la tempe des dirigeants de la USL-1, achetée en août par la firme NuRock Soccer Holdings. Les équipes membres de la TOA, qui souhaitaient elles-mêmes acheter la ligue de son ancien propriétaire, Nike/Umbro, réclament depuis des années un plus grand contrôle sur les orientations du circuit.
«La qualité des propriétaires d'équipes dans la USL-1 s'est beaucoup améliorée au cours des dernières années. Les propriétaires sont maintenant prêts à investir davantage dans leurs marchés respectifs, mais ils veulent le faire dans une ligue dans laquelle ils vont pouvoir grandir», dit Lenarduzzi.
Justement: pour une nouvelle ligue, on a déjà vu plus solide. L'entité n'a pas de nom et encore moins de commissaire, à cinq mois à peine du début supposé de ses activités. Pis encore, certaines équipes ne feront que passer, tandis que la viabilité financière de quelques autres semble au mieux douteuse, même si Lenarduzzi assure que toutes ont fourni un engagement financier.
Les Whitecaps, défaits par l'Impact en finale de la USL-1 le mois dernier, passeront à la Major League Soccer dès 2011. Quant à l'Impact, il n'a jamais caché son désir de faire aussi le saut vers la MLS - ce qui pourrait se produire en 2012 si Québec lui octroie une aide financière pour agrandir le stade Saputo.
De son côté, le Thunder du Minnesota n'a présentement ni directeur général, ni entraîneur, et a libéré tous ses joueurs la semaine dernière - personne n'avait été payé depuis le mois d'août! - tandis que les Silverbacks d'Atlanta n'ont pas joué en 2009 en raison de la situation économique difficile.
À côté de ça, l'Association mondiale de hockey était un modèle de stabilité.
Dans une position délicate
Joey Saputo est dans une position délicate. En fin de journée, hier, il a envoyé un autre communiqué (!) pour préciser qu'il était à la fois «ouvert aux discussions avec la USL» et «entièrement engagé» auprès de la nouvelle ligue, qui «retient toute (son) attention». Visiblement, ses homologues de la TOA n'avaient pas apprécié que Saputo donne l'impression de jouer sur tous les tableaux. Et ont exigé de lui une nouvelle profession de foi.
De fait, le patron de l'Impact est contraint de se livrer à un numéro d'équilibriste entre la TOA et la USL-1 (laquelle, si la scission se confirme, comptera aussi sept clubs l'an prochain, y compris de nouvelles franchises à New York et Tampa Bay). Contrairement aux Whitecaps, qui pourraient à la limite se permettre de prendre congé en 2010, l'Impact, tant qu'il n'obtiendra pas d'engagement gouvernemental pour l'agrandissement de son stade, n'a aucune garantie de pouvoir passer un jour en MLS.
Entre une nouvelle ligue aux allures de chimère et une USL-1 où les équipes n'ont pas le contrôle de leur destinée, Joey Saputo doit choisir le moindre de deux maux. Ce n'est pas une position enviable. Mais il y a une limite à tergiverser et cette limite sera bientôt franchie.
Précisions
Contrairement à ce que j'écrivais hier, Bridgestone quittera la F1 au terme de la saison 2010, et non cet hiver. Et la FOTA est l'Association des équipes de F1, pas celle des constructeurs.











