L'année dernière, pour vanter les produits Le Choix du président, Galen Weston s'est promenné dans les vergers canadiens. But de l'opération: vendre aux consommateurs des produits locaux et naturels. Maintenant, le charmant patron de Provigo pousse un chariot rempli de produits jaunes. But de l'opération: vendre des aliments pas chers.
Les stratèges de l'alimentation ont revu leurs stratégies. En crise, il est grand temps de vendre un prix plutôt qu'un goût. On reviendra aux produits de luxe plus tard...
«Les épiceries ont tout avantage à mettre en évidence leurs marques maison qui sont moins chères, dit Yannik St-James, professeur de marketing à HEC Montréal. C'est miser sur un avantage concurrentiel.» Les détaillants qui ont une large gamme de produits ont effectivement cet atout dans leur manche et ils le sortent maintenant. C'est d'autant plus avantageux si, comme chez Provigo-Loblaws, ces produits moins chers sont d'un jaune criard. Les consommateurs les repèrent facilement et les distinguent bien des autres produits, explique Yannick St-James. «Une fois la crise passée, ils pourront revenir à leurs produits réguliers», dit-elle.
Le marketing alimentaire est une science difficile à maîtriser, avertit Pierre Parent, de l'agence Harry&Co. Car l'aliment n'est pas un produit banal. «Nourrir, c'est plus que simplement combler un besoin, dit-il. Il y a la préoccupation de bien manger. De bien nourrir sa famille. Et ça joue beaucoup sur l'estime de soi: je ne suis pas certain que les gens veulent se promener dans la rue Monkland avec un panier de produits jaunes.» Il est normal, dit-il, que les distributeurs et les transformateurs misent beaucoup sur les réductions de prix et leurs produits les moins chers maintenant. Mais ils doivent maintenir leur image de marque, leur image de bon goût. Pour qu'une fois la crise derrière nous, le consommateur se rappelle où il peut aussi acheter de l'huile d'olive vierge extra et des agrumes biologiques.
Sirop d'érable
Le prix amène du monde dans les cabanes
La hausse fulgurante du prix de la conserve de sirop d'érable n'a pas refroidi les ardeurs des amateurs de cabanes à sucre. «Nous avons eu au moins autant de monde que l'année dernière, sinon plus», estime Hermine Bourdeau-Ouimet, de l'Association des cabanes à sucre du Québec. Les gens ont eu le réflexe d'aller à la cabane pour faire leur provision de sirop, puisqu'il se vend jusqu'à 50% moins cher qu'à l'épicerie par les temps qui courent. Quant à l'arrivée de Martin Picard dans l'industrie de la cabane, aucun impact. Cela n'a pas redonné un souffle nouveau à la traditionnelle sortie à la cabane. «Le propriétaire du Pied de cochon attire une clientèle complètement différente de celle qui va faire son tour, année après année», explique Mme Bourdeau-Ouimet.
alcool
Bières artisanales ou mélanges à la bière?
Les petits brasseurs fulminent. Si Québec va de l'avant avec son projet de règlement sur la composition des alcools à base de malt, certaines microbrasseries québécoises se retrouveraient à faire «des mélanges à la bière» plutôt que de la bière. Car, en ajoutant un ingrédient comme du cassis une fois la bière fermentée, la dénomination pourrait changer, croient-ils.
Le but du ministère du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation, qui pilote ce dossier, n'était évidemment pas de mettre des bâtons dans les roues des brasseurs en présentant ce projet de règlement. On souhaite plutôt éviter la multiplication des boissons de malt qui utilisent des noms évoquant la vodka ou d'autres alcools forts. Des boissons très attrayantes pour les jeunes et vendues en épicerie ou dans les dépanneurs. Pierre A. Forgues, directeur du commerce et de la construction au Ministère, précise que le règlement ne vise pas la bière, mais plutôt des boissons jaunes ou bleues qui n'ont rien du raffinement d'une blonde aromatisée. Et qui ne sont pas destinées au même public non plus.
Mais est-ce qu'en visant l'un, on ne risque pas d'atteindre l'autre?
«En essayant de définir ce qui n'est pas de la bière, ils se sont accrochés dans les fleurs du tapis, lance Frédéric Tremblay, de la microbrasserie Charlevoix. Nous, on ajoute du sucre pour la fermentation en bouteille.» Est-ce que sa bière deviendrait un breuvage? Et ces autres brasseurs qui mettent du lactose, du café ou de la coriandre ? demande-t-il.
«Ce n'est pas dans l'esprit du projet de règlement», répond M. Forgues. Le ministère du Développement économique va néanmoins mettre sur pied un comité de consultation pour se pencher sur la question, qui mérite d'être posée. «Nous demandons au gouvernement de surseoir à ce projet de règlement», dit Jean-Pierre Tremblay, directeur de l'Association des microbrasseries du Québec, qui affirme que ses membres n'ont pas été consultés pour la rédaction. Et que s'ils l'avaient été, on aurait évité cet imbroglio autour de la bière.









