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Un politicien caché dans l'intellectuel?

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Vincent Marissal
La Presse

Michael Ignatieff a mis près d'une décennie à écrire le 16e de ses livres, Terre de nos aïeux, qui raconte l'histoire de la branche maternelle de sa famille et expose sa vision du patriotisme canadien.

À l'époque où il a entrepris la rédaction de ce bouquin, il ne savait certainement pas qu'il sortirait à un moment aussi opportun de sa carrière politique, mais le timing de sa parution ne pouvait mieux tomber.

 

Comme Barack Obama, Michael Ignatieff retrace les origines et le parcours de sa famille pour élaborer sa propre vision de son pays. L'exercice a bien fonctionné pour Barack Obama. En plus de faire une fortune avec ses livres, il a réussi à se définir lui-même avant que ses adversaires républicains ne le fassent avec leurs publicités négatives.

Michael Ignatieff sera-t-il aussi bien servi par sa plume?

D'abord, chose certaine, il ne gagnera pas autant d'argent que le président des États-Unis avec sa prose. Le marché canadien est trop petit et l'intérêt pour nos politiciens, trop étriqué.

Politiquement, il n'est pas certain non plus que Terre de nos aïeux soit aussi payant pour Michael Ignatieff que ne l'ont été Dreams from My Father et The Audacity of Hope pour Barack Obama.

Le principal défaut du livre de M. Ignatieff, paradoxalement, est aussi sa plus grande qualité: il s'agit d'une réflexion intellectuelle de haut niveau. L'intelligence du chef libéral est connue et reconnue, là n'est pas le problème. La question est de savoir s'il y a un politicien caché dans cet intellectuel.

Pour le moment, même ses proches collaborateurs n'ont pas réponse à cette angoissante question. Et ils ne la trouveront pas dans Terre de nos aïeux, qui présente une vision plutôt romantique du Canada.

Prenez, par exemple, les passages sur le bilinguisme, résumés ainsi par M. Ignatieff dans une entrevue à mon collègue Joël-Denis Bellavance: «(...) Nous sommes l'un des rares pays où nous faisons ces traversées chaque jour entre deux phrases. Je vis ma vie dans les deux langues. Cela veut dire dans deux cultures, dans deux civilisations, dans deux manières de voir la vie. Je crois que c'est quelque chose d'absolument fondamental pour l'identité canadienne.»

Voilà la vision d'un universitaire cosmopolite qui a fréquenté l'élite intellectuelle internationale, mais certainement pas celle du Canadien moyen. Combien de gens de Baie-Comeau, Mississauga, Moose Jaw ou Vancouver vivent leur vie, quotidiennement, dans les deux langues? Combien estiment qu'il s'agit d'un élément «fondamental» de leur identité?

Même romantisme pour des sujets plus terre-à-terre, comme le TGV. Marqué par l'expérience de ses aïeux, qui ont construit le pays sur un chemin de fer, M. Ignatieff rêve de poursuivre l'épopée avec un TGV, sans toutefois s'avancer sur les considérations financières ou techniques d'une telle aventure.

Barack Obama aussi rêvait éveillé dans ses bouquins, direz-vous. Vrai, mais il a démontré très tôt dans sa carrière un flair et un talent politique indéniables.

M. Ignatieff, lui, est sans contredit plus intellectuel que politicien. Mais il apprend vite, dit-on dans son entourage. Il n'aura pas le choix, s'il veut survivre dans ce job, parce que, autour de lui, gravitent des bêtes politiques à la dent longue.

Au cours des dernières semaines, le chef libéral a eu quelques accrochages avec son lieutenant québécois, Denis Coderre, dont une dans le foyer de la Chambre des communes et une autre au caucus des députés. Le chef libéral a notamment indiqué à son lieutenant qu'il n'aimait pas la façon dont se déroulent les choses pour son parti au Québec.

M. Ignatieff aurait aussi perdu patience lors de la rencontre de l'aile québécoise de son parti à Laval, à la fin mars.

Selon des sources fiables, Denis Coderre «interprète son mandat de lieutenant un peu trop largement», ce qui a provoqué des frictions avec son chef.

«Denis travaille très fort, mais il ne fait pas l'unanimité et tout le monde sait qu'il rêve lui-même de devenir premier ministre, indique un libéral influent à Ottawa. Il pousse trop, il bouscule parfois des gens, qui s'en sont plaints au chef. Michael (Ignatieff) a eu l'impression à un moment donné que Denis était passé par-dessus lui et il a mis son pied à terre.»

Au sein de l'aile québécoise du PLC, on reproche par ailleurs à M. Coderre d'avoir ramené le publicitaire Yves Gougoux, de la maison BCP, dans le giron libéral. L'affaire crée un malaise parce que le nom de M. Gougoux rappelle la commission Gomery sur le scandale des commandites, au moment où les libéraux croient pouvoir tourner enfin cette désagréable page de leur histoire.

La firme BCP et son patron n'ont jamais été accusés de quoi que ce soit, mais le passage du célèbre publicitaire devant le juge Gomery avait fait des vagues il y a quatre ans. On avait alors appris que M. Gougoux avait des liens étroits avec l'ancien premier ministre Jean Chrétien et avec le PLC. De 1994 à 2003, les années Chrétien, BCP avait obtenu du fédéral des contrats d'une valeur de 300 millions de dollars. M. Gougoux avait défendu bec et ongles l'intégrité de son entreprise, affirmant qu'elle avait suivi les règles d'obtention des contrats.

L'ancien fonctionnaire Chuck Guité avait quant à lui affirmé que «quelqu'un au bureau du premier ministre» était intervenu en faveur de BCP dans un cas précis.

Yves Gougoux est de retour dans les bonnes grâces du PLC et il a repris du service. Il a notamment aidé Michael Ignatieff, la semaine dernière, à préparer son passage à l'émission Tout le monde en parle.

Le patron de BCP a même été pressenti pour devenir vice-président de la campagne libérale au Québec. Son emploi du temps ne lui permettait toutefois pas de commencer en mars, tel que voulu par le PLC.

Courriel Pour joindre notre chroniqueur: vincent.marissal@lapresse.ca

 

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