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André Pratte
La Presse

En marge de l'immense cirque qu'est devenue la conférence de Copenhague sur les changements climatiques, le Canada fait l'objet d'une campagne virulente de la part des écologistes et des adversaires politiques des conservateurs.

Cette publicité négative, le gouvernement Harper l'attise lui-même par l'incompétence dont il fait preuve dans ce dossier crucial. Cela dit, l'ampleur de la campagne est disproportionnée. D'une part, la politique du Canada en matière de changements climatiques n'est pas aussi nulle que le soutiennent les critiques. D'autre part, si un accord est si difficile à obtenir à Copenhague, le Canada n'en est la cause ni de près ni de loin.

Il est révélateur que le groupe américain The Yes Men ait choisi de viser le Canada pour son canular. Pourquoi pas les États-Unis, dont les cibles ne sont pas plus ambitieuses que celles du Canada et dont les émissions de gaz à effet de serre sont 13 fois plus importantes? Pourquoi pas la Chine, le plus gros émetteur de gaz à effet de serre de la planète, qui refuse de s'engager à atteindre des cibles contraignantes? Pourquoi pas la Russie, qui prévoit une augmentation de ses émissions d'au moins 23% d'ici 10 ans?

C'est vrai, les objectifs que s'est donnés le gouvernement Harper paraissent moins ambitieux que ceux de la majorité des pays développés. Mais tout dépend de l'angle d'approche. Par exemple, selon les travaux du World Resources Institute, les cibles canadiennes entraîneraient une baisse des émissions par habitant de 31% de 2005 à 2020, une baisse plus importante que celle annoncée par l'Europe.

À Copenhague, le Canada n'agit pas différemment des autres pays: il cherche à contribuer à la lutte aux changements climatiques tout en protégeant vigoureusement ses intérêts économiques. Les seuls pouvant se permettre de négliger la deuxième partie de l'équation sont ceux qui ne gouvernent pas, à commencer par les écologistes bien sûr. Ils ont l'appui du prince Charles, dont on sait les lourdes responsabilités...

Parlant d'irresponsables: ont ajouté leurs voix aux critiques écologistes du Canada les premiers ministres de l'Ontario et du Québec, de même que le maire de Toronto. Il était consternant d'entendre le premier ministre du Québec, Jean Charest, exiger que le fédéral «aille plus loin» et «cesse de suivre la politique des Américains». Lui qui est si jaloux des compétences provinciales, de quoi se mêle-t-il? Que dirait-il si les autres provinces demandaient au fédéral d'empêcher le Québec d'exploiter ses richesses naturelles?

Par son incompétence et sa partisanerie obsessive, le gouvernement Harper nuit à la réputation du Canada sur la scène internationale. Mais ceux qui cherchent à se faire du capital politique ou idéologique sur son dos le font tout autant.

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