L'affaire fait évidemment songer au cas de Naema, expulsée du cours de français qu'elle suivait au cégep Saint-Laurent puis dans un centre d'aide aux immigrants parce qu'elle refusait d'enlever son niqab. Il y a toutefois une différence: autant Naema avait adopté une attitude militante, suscitant un malaise croissant chez sa professeure et les autres étudiants, autant Aisha s'était bien intégrée à son groupe. Son visage voilé ne nuisait apparemment pas à son apprentissage puisqu'elle était une des meilleures de sa classe.
Le port du voile intégral va à l'encontre de l'égalité des hommes et des femmes; il ne fait pas de doute que le gouvernement du Québec doit en décourager le port et, dans certaines circonstances, l'interdire. Voilà pour le principe. Reste à savoir si ce principe sera appliqué avec doigté, de façon à faciliter l'intégration des nouveaux venus, ou s'il le sera de façon bêtement bureaucratique: «Le règlement, c'est le règlement.»
«On ne pouvait pas traiter Aisha différemment parce qu'elle est gentille», explique-t-on au ministère de l'Immigration. Nous ne sommes pas d'accord. Compte tenu de sa bonne foi évidente, il fallait graduellement amener Aisha à laisser tomber le voile plutôt que de la renvoyer dans l'isolement de sa maison. On aurait pu mettre le personnel du centre dans le coup, proposer un délai à l'étudiante, la faire rencontrer des musulmanes de son âge qui ont abandonné le voile intégral, etc.
Le gouvernement n'a pas songé à garder contact avec ces femmes qu'il renvoie chez elles, outre de les pourchasser d'une école à l'autre si elles persistent à porter le niqab. Si Québec souhaite faciliter leur intégration éventuelle, n'y aurait-il pas mieux à faire que de les laisser se morfondre ou attendre une décision de la Commission des droits de la personne? Malheureusement, le gouvernement semble surtout vouloir éviter toute controverse en faisant preuve d'une fermeté exemplaire, peu importe les conséquences autres que politiques.










