Cancer en tranches

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Survivre au cancer
Survivre au cancer

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Ariane Krol
La Presse

Le retour en force de la grippe A (H1N1)? Pffff! Pas de quoi s'inquiéter. À quelques jours de la rentrée scolaire, la vraie menace se cache plutôt dans la boîte à lunch, nous apprend le Fonds mondial de la recherche contre le cancer. L'organisme demande de ne plus mettre de jambon ni d'autres viandes transformées dans les sandwichs à cause des risques de cancer associés à ces aliments. Les parents, toutefois, ne devraient pas s'inquiéter outre mesure. On n'est pas en présence d'un danger imminent, mais plutôt d'une habile stratégie de santé publique.

Il faut savoir que cette mise en garde ne s'appuie pas sur une nouvelle étude ou une découverte révolutionnaire. Cela fait des années que les viandes transformées, comme les viandes fumées et les saucisses à hot-dog, inquiètent les chercheurs. Le Fonds, qui est une référence mondiale en matière de prévention du cancer, a émis des recommandations très claires il y a deux ans: ne consommez que très peu (idéalement pas du tout) de viandes fumées, séchées ou saumurées. Réservez-les aux occasions spéciales, conseille pour sa part la Société canadienne du cancer. Saviez-vous que ces aliments augmentaient les risques de cancer colorectal? En consommez-vous moins souvent qu'avant? Si vous avez répondu non à l'une ou l'autre de ces questions, vous êtes l'exemple parfait de ce qui a incité le Fonds à faire cette sortie dramatique sur les boîtes à lunch.

 

Ce n'est pas la santé des enfants qui est en cause, mais celle de l'ensemble de la population. Soyons clairs: les sandwichs au jambon mangés en première année du primaire ne provoqueront pas l'apparition de tumeurs deux ans plus tard. Le Fonds le reconnaît lui-même, on ne connaît même pas l'effet des viandes consommées durant l'enfance. Sa mise en garde ne vise donc pas à prévenir un danger immédiat, comme un risque d'empoisonnement alimentaire. L'organisme vise plutôt le long terme. Il craint qu'en mangeant fréquemment des viandes transformées, les enfants n'en prennent l'habitude, ce qui augmenterait leur risque de souffrir d'un cancer à l'âge adulte. Du moins, c'est l'explication officielle qu'il a donnée cette semaine. Mais de toute évidence, l'impact recherché est beaucoup plus vaste, et beaucoup plus immédiat, que la santé future des jeunes.

En associant enfants, cancer et boîte à lunch dans le même communiqué, l'organisme était certain que son message serait largement repris. Et que beaucoup de gens, même ceux qui n'ont pas d'enfants, entendraient parler du lien entre les charcuteries et le cancer colorectal. C'est une stratégie habile, mais qui fait bien peu de cas de la sensibilité des parents. Combien se sont inquiétés inutilement cette semaine? Espérons qu'on n'assiste pas à une nouvelle tendance en matière de santé publique. Les parents s'en font déjà bien assez pour leurs enfants sans qu'on les vise à tort et à travers dans l'espoir de rejoindre le plus grand nombre.

 

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