Amour Nasdaq et sexe oral...

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Mario Roy
La Presse

À en juger par le taux de divorce, le grand amour est plus éphémère au Québec qu'il ne l'est où que ce soit en Amérique. Ici, 48% des unions se brisent, selon les plus récents chiffres rendus publics par Statistique Canada, hier. C'est plus qu'aux États-Unis (44%) ou que dans l'ensemble du Canada (38%).

Est-ce notre sang latin qui bout, nous condamnant au butinage? Ce serait étonnant. Nonobstant les strings et les campagnes outrées contre l'«hypersexualisation» des jeunes filles, même nos adolescent(e)s sont plutôt sages: 50% arrivent à 18 ans en possession de leur virginité.

 

Alors?

Alors, un petit bilan de l'usage que nous faisons de l'amour et du sexe s'impose.

D'une part, de l'amour courtois à l'amour contemporain, c'est l'idée même qu'on se fait du noble sentiment qui s'est irrémédiablement transformée. L'amour est aujourd'hui à la carte: à la vie à la mort; ou contrat à échéance flottante modulée par le Nasdaq.

D'autre part, après la révolution sexuelle et mai 68, les cégeps et les communes, la pilule et la porno, le sexe semble avoir passé l'âge de la performance acrobatique. Le hic, c'est que nous n'en avons pas été prévenus! Le web XXX demeure débordant de phénomènes de cirque et chacun pratique un exorbitant sexe oral - celui dont on parle, et parle, et parle...

«Nos parents mentaient sur leur moralité; nous mentons sur notre immoralité», illustre l'essayiste et romancier français Pascal Bruckner dans Le Paradoxe amoureux, nouvel ouvrage qu'il présente au Salon du livre de Montréal.

* * *

En 1977, l'auteur avait cosigné Le Nouveau Désordre amoureux, construit autour des mêmes préoccupations. Est-ce que le sujet serait en soi inépuisable? Ou est-ce plutôt qu'en matière d'amour et de sexe, les baby-boomers font la roue, certains de l'avoir réinventée?

La seconde explication est la plus féconde. De sorte qu'on retiendra ceci. Les boomers ont monté autour de l'amour et du sexe d'effarants échafaudages idéologiques. Car l'Homme préfère ces derniers aux premiers, n'aimant rien davantage que la confrontation avec ses semblables. De sorte qu'il faut maintenant faire le décompte des victimes des idées. De la mise au ban de l'amour ou de son idéalisation. Du plaisir obligé ou du nouveau puritanisme dit progressiste. De la version thermonucléaire du féminisme ou du retour de l'hyper-morale néo-chrétienne ou islamiste.

Or, «nos passions restent rebelles à la vulgate progressiste qui admoneste, à la vulgate passéiste qui fustige, (composant) cette part de l'existence que nous ne maîtrisons pas, rétives aux embrigadements, réfractaires aux idéologies», écrit Pascal Bruckner.

Il faut se rassurer: l'amour et le sexe libres se trouvent toujours dans cette rébellion innée.

 

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