Un grand patriote

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Le décès de Pierre Falardeau

[ Arts ]

Le décès de Pierre Falardeau

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Luc Picard, qui incarnait le patriote Chevalier de... (Photo: Armand Trottier, archives La Presse)

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Luc Picard, qui incarnait le patriote Chevalier de Lorimier, et Pierre Falardeau lors du tournage du film 15 février 1839 à Québec, en février 2000.

Photo: Armand Trottier, archives La Presse

Pierre Graveline

Écrivain et éditeur, l'auteur a collaboré à la publication de quelques-uns des ouvrages de Pierre Falardeau.

Le Québec vient de perdre un grand patriote et la culture québécoise est en deuil de l'un de ses artisans les plus créateurs. Pierre Falardeau est mort ce vendredi 25 septembre 2009.

Homme libre et intègre il n'est pas inutile de le rappeler en ces années où les cupides et les corrompus sévissent dans notre société anthropologue de formation, polémiste redoutable, indépendantiste déterminé, Falardeau était d'abord et avant tout un cinéaste et un des meilleurs de sa génération.

Il a réalisé quelques-uns des plus grands films de notre jeune cinéma national, en particulier, je crois, Le Party, Octobre et 15 février 1839. Le contenu politique de ses films en avait fait la bête noire des pourvoyeurs fédéralistes de Téléfilm Canada qui, le privant de financement, tentaient de le réduire au silence.

Mais on ne fait pas taire un Pierre Falardeau et quand ses censeurs seront dans leurs tombes, oubliés, l'oeuvre cinématographique de Falardeau sera toujours bien vivante pour les narguer.

Seront toujours vivants, aussi, ses écrits pamphlétaires: La liberté n'est pas une marque de yogourt, Les boeufs sont lents mais la terre est patiente, Il n'y a rien de plus précieux que la liberté et l'indépendance. Comme sera toujours tellement pertinente et émouvante cette Lettre à mon Ti-cul, qu'il avait rédigée pendant la campagne référendaire de 1995 et publiée dans Trente lettres pour un OUI.

Libre-penseur, Falardeau brassait avec une franchise peu commune la cage de notre aliénation collective. Il était un impitoyable critique de nos lâchetés, de nos attitudes colonisées. Il ne faisait pas dans la dentelle. Sa plume était un couteau trempé dans le curare. Sa parole, un dérangeant cri d'indignation, de colère, de révolte. Il adorait provoquer les chantres de la rectitude politique, ce qui le conduisait à l'occasion à des excès qui choquaient et qu'il regrettait parfois. Il donnait des coups. Il en recevait aussi plus que sa part.

Mais, quand il enlevait son masque de «grande gueule», le Falardeau que je connaissais, que j'aimais et que je pleure, était un tout autre homme: amoureux d'une femme remarquable et père attentionné de trois beaux enfants, lecteur curieux, intelligent et modeste, capable d'écouter et de débattre avec respect, d'une rare culture, d'une sensibilité exceptionnelle, d'une sincérité indéniable et, j'en étonnerai sans doute plusieurs en ajoutant cela, d'une grande timidité.

De la nation québécoise qu'il aimait avec une passion parfois désespérée, il n'aurait souhaité, j'en suis persuadé, qu'un seul hommage: qu'elle se décide enfin à proclamer son indépendance politique, à conquérir sa liberté.

 

 

 

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