PPP: Québec a raison, tout le monde se trompe

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PPP: Québec a raison, tout le monde se trompe

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Photo: Robert Skinner, La Presse

 

Alain Vadeboncoeur

Le consensus contre le mode PPP (ou la mode PPP?) est chaque jour plus clair dans le dossier du CHUM, mais le gouvernement fait comme si de rien n'était.

Donc tout le monde se trompe. Ceux qui soignent - médecins (Médecins québécois pour le régime public et la Fédération des médecins spécialistes du Québec), infirmières, autres professionnels et employés (représentés par leurs syndicats). Ceux qui conçoivent (Ordre des architectes du Québec), évaluent le financement (Association des économistes du Québec) ou construisent (ce n'est un secret pour personne que les firmes d'ingénieurs sont contre le mode PPP en santé). Ceux qui enfin commentent l'actualité (éditoriaux dans La Presse, Le Devoir, La Gazette) ou font de la politique (Parti québécois). Tout ce monde-là s'inquiète pour rien et exige par pur entêtement que le mode traditionnel soit utilisé pour la construction du CHUM.

Mais qui est pour? Le gouvernement est pour. L'Agence des PPP (dont le dirigeant est nommé par le gouvernement) est pour.

Il y a donc deux possibilités: tout le monde se trompe ou bien le gouvernement se trompe. Or, si le gouvernement est bien là pour gérer au nom de la collectivité, c'est-à-dire de tout le monde, il va dans une direction qui est à l'opposé à celle souhaitée par tout le monde (bien entendu, il sait mieux que tout le monde ce qui est bon pour le monde).

Au fait, un argument encore peu souligné: que restera-t-il de l'expertise publique de la construction des hôpitaux dans 20 ans si tout va au PPP? Et dans l'hypothèse (absurde, bien entendu) où le mode PPP se casse la gueule et que le public doive ensuite ramasser les pots cassés, comme ce fut le cas pour le plus gros PPP de l'histoire (le métro de Londres), qui aura l'expertise publique pour reprendre le tout?

C'est que le choix du PPP est irréversible à long terme : même si en réalité l'État ne transfert que peu de risque au privé (qui peut toujours faire faillite, contrairement à l'État), il lui confie surtout une bonne partie de son expertise.

Locataires pour 35 ans d'un hôpital dont nous aurons payé le loyer, garanti l'hypothèque et fourni le « cash down », nous y aurons également perdu notre capacité de construire. C'est grave et c'est ce que nos enfants nous reprocheront le plus.

L'auteur est médecin et vice-président de Médecins québécois pour le régime public (MQRP).

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