Le tabou des tabous!

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Le tabou des tabous!

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Les producteurs du Bye Bye 2008, Véronique Cloutier et Louis Morissette.

La Presse, David Boily

 

Jocelyne Robert

Presque tout a été dit sur le Bye Bye. À part le fait de m'être endormie dessus, j'ajouterai un seul petit point, important il me semble et à peine évoqué dans la déferlante de commentaires le concernant.

Il est faux de prétendre qu'on peut rire de tout: il est malaisé de faire de l'humour sur le dos des victimes (enfants) d'agressions sexuelles. La société ne le tolère pas. C'est le dernier rempart de la mansuétude collective. Ce n'est pas par hasard que les agresseurs sexuels d'enfants se font tabasser en prison ou par les parents de leurs proies, des adultes habituellement réfléchis et sensés, qui perdent le nord au point de vouloir se faire justice eux-mêmes.

Les auteurs du Bye Bye auraient dû se poser une question préliminaire: ririons-nous, nous-mêmes, d'un sketch parodiant n'importe quelle victime d'agression sexuelle, fût-elle notre propre enfant? Si oui, allons-y, on peut vraiment rire de tout. Sinon, cela montre bien que subsiste un interdit et qu'il vaut mieux s'abstenir. Le tollé de réactions indignées relativement à ces parodies en témoigne. Cela était prévisible. Je m'explique mal que Louis Morissette, qui a déjà dit avoir consulté une sexologue pour construire son C.A. n'ait pas jugé bon d'en faire autant sur un thème bien plus explosif.

Inutile que les auteurs tentent, a posteriori, de justifier l'exercice en évoquant l'ambivalence du personnage, en l'occurrence Nathalie Simard, qui réclame le respect de son intimité tout en se dévoilant tous azimuts sur toutes les unes. C'est d'un autre registre. Ce que le public a vu et retenu, c'est que la bien-aimée famille Cloutier-Morissette a ridiculisé la victime de l'ex-chef de leur clan. Pire, subliminalement, le public québécois a pu y voir une tentative de banalisation... L'indignation aurait été de même nature, quoique de moindre envergure (star system oblige!) dans le cas où la famille d'un pédophile se serait moquée, sur la place publique, d'une de ses victimes.

Tout ce chahut montre clairement que subsistent des interdits qu'on ne transgresse pas impunément. Surtout si on est concerné. Le Bye Bye a transgressé un ultime tabou: se moquer d'une victime (enfant) d'agressions sexuelles. Et le plus odieux, l'élément déclencheur de l'indignation des téléspectateurs, aura été que le persiflage vienne de la famille de l'agresseur. Il n'en fallait pas plus pour transformer le dernier des tabous en tabou des tabous.

Mme Robert est auteure et sexologue.

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