L'indépendance, pas une panacée

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L\'indépendance, pas une panacée

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N'en déplaise à Pauline Marois, le gouvernement québécois possède déjà des pouvoirs substantiels sur le plan fiscal lui permettant d'intervenir de manière soutenue dans l'économique du Québec.

Photo La Presse Canadienne

 

Robert Asselin et Maxime Turcotte
La Presse

Dans le discours qu'elle a prononcé lors du conseil national du Parti québécois il y a 10 jours, Pauline Marois a affirmé qu'un Québec indépendant serait plus apte à faire face à la crise économique actuelle. «Le contexte le prouve. La souveraineté, ça presse!» a-t-elle plaidé sous les applaudissements nourris de ses troupes.

Afin de confronter une crise économique, l'État moderne peut stimuler l'économie par une intervention budgétaire et fiscale ou assouplir sa politique monétaire afin d'encourager le crédit. Au niveau de la politique fiscale, Mme Marois évacue entièrement la légitimité politique de l'intervention fédérale au Québec. Ce serait un organe qui est hors de «nous», telle une autorité étrangère dont l'action ne représenterait pas, au moins en partie, la volonté démocratique des Québécois.

 

La population du Québec élit pourtant presque le quart des députés du Parlement canadien. Voici un des mythes de l'argumentaire indépendantiste qui consiste à nier la contribution des Québécois dans l'édification et la gouverne des institutions fédérales.

L'argumentaire de Mme Marois critique aussi l'incohérence fédérative et présuppose l'iniquité que subit le Québec dans les interventions économiques fédérales. Tout d'abord, rien ne porte à croire que le concept fédéral serait contraire à une économie dynamique et résiliente. Comment expliquerait-on les résultats économiques passés des États-Unis, de l'Allemagne et de l'Australie?

Ensuite, si on prétend à une injustice macro-économique, il faudrait clairement démontrer que le Québec ne reçoit pas sa juste part des ressources fédérales. On pourrait plutôt s'attendre au contraire compte tenu que le Québec reçoit chaque année d'importants paiements de péréquation.

Enfin, il faut répéter que le gouvernement québécois possède, dans le cadre fédéral, des pouvoirs substantiels sur le plan fiscal lui permettant d'intervenir de manière soutenue dans l'économie québécoise.

Quelle politique monétaire?

Qu'en est-il maintenant de la gestion de l'espace économique qu'un Québec indépendant partagerait avec le Canada? Par exemple, le plaidoyer de Mme Marois omet complètement la politique monétaire. Actuellement, la Banque du Canada mène celle-ci de façon indépendante en observant son objectif d'inflation. Par ailleurs, la Banque du Canada demeure une création du gouvernement fédéral. Ultimement, celle-ci est assujettie au contrôle démocratique de la population canadienne.

Quelle serait la politique monétaire d'un Québec indépendant? Les indépendantistes n'ont jamais sérieusement entrevu la possibilité que le Québec se dote de sa propre monnaie et, par conséquent, de sa propre banque centrale. Ce serait un processus trop déstabilisateur en raison de la difficulté à se bâtir une crédibilité monétaire. Le Québec conserverait fort probablement la devise canadienne ou adopterait la devise américaine. Dans chaque cas, le Québec serait sous la tutelle d'une autorité étrangère pour la direction de sa politique monétaire. On pourrait recréer une certaine union monétaire avec le reste du Canada, mais il est évident que celle-ci dépendrait du bon vouloir du gouvernement canadien. Est-ce ce type de souveraineté là qui est tant souhaitée et enviée par Mme Marois?

On aurait tort de voir l'indépendance du Québec comme une panacée, surtout en matière économique. Certes, le modèle fédéral n'est pas parfait, mais il est spécieux de nier qu'il offre de nombreuses opportunités économiques au Québec et aux Québécois.

Les auteurs sont respectivement directeur associé de l'École supérieur d'affaires publiques et internationales à l'Université d'Ottawa et avocat.

 

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