Vers une surcharge de la demande

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Vers une surcharge de la demande

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Photothèque Le Soleil

 

Paul Lavallée

La compagnie Ford vient d'annoncer la mise à l'essai d'automobiles hybrides rechargeables. Ce véhicule peut être branché sur une prise de courant domestique pour recharger les accumulateurs, et se déplacer en mode entièrement électrique, ou en mode hybride gazoline-électricité pour les plus longs parcours.

Hydro-Québec est partie prenante pour les essais de ces véhicules et pour déterminer l'impact de ces nouveaux véhicules sur la consommation d'électricité. Toyota avait annoncé précédemment un programme semblable. Ses véhicules devraient se retrouver sur le marché en 2011 ou 2012.

Hydro-Québec estime que 1 million de ces autos (25% du nombre total de voitures actuellement sur nos routes) consommeraient 3 terawatts-heure d'électricité, soit l'équivalent de la centrale d'Eastmain-1. En fait, cette estimation est très conservatrice et serait vraisemblablement plus près de 10 Twh.

Les premiers modèles auront un rayon d'action en mode tout électrique d'environ 35 km à une vitesse de 65 km/h, soit une autonomie suffisante pour la majorité des déplacements urbains ou locaux. Pas de bruit, pas de pollution... et un coût de déplacement dérisoire! Au tarif actuel de l'électricité, le déplacement en mode électrique coûte six fois moins cher qu'avec un moteur à gazoline.

Hydro-Québec devra s'assurer de disposer d'assez d'électricité pour répondre à la demande: la surcharge sur le réseau due à ces autos sera considérable. Ce virage à l'électricité va s'effectuer progressivement; négligeable au début, il va rapidement prendre de l'ampleur. Le problème de l'approvisionnement va se poser.

En étant liés par des contrats d'une durée de 40 ans avec de grandes entreprises, serons-nous obligés d'acheter de l'électricité, de construire des centrales nucléaires ou au gaz alors que nous leur vendons notre électricité à 4 cents?

Il y a des milliards de dollars en jeu dans cette question. Il faut dès aujourd'hui réfléchir à ces questions et prendre dès maintenant les mesures appropriées.

En particulier, il faut se questionner sur les contrats à long terme; est-il prudent de signer des contrats d'une durée de 40 ans? Au renouvellement de ces contrats avec les grandes entreprises, ne devrait-on pas relever progressivement le tarif afin qu'il avoisine le tarif international, tout en laissant quand même un incitatif raisonnable?

Évidemment, les entreprises vont jurer qu'elles vont aller ailleurs, mais quand la voiture électrique envahira les routes, aucun pays ne voudra donner son électricité à vil prix. Déjà, avec la Sibérie, le Québec est l'endroit où le tarif de l'électricité aux entreprises est le plus bas!

Ensuite, ne devrait-on pas développer rapidement toutes les ressources énergétiques encore disponibles? On peut évidemment se replier sur nous-mêmes et soutenir qu'on n'a pas besoin de cette électricité, que nous n'allons pas faire prospérer le Québec «pour les Américains». D'ici à ce que nous ayons besoin de toute cette énergie localement, nous pourrons effectivement vendre nos surplus à nos voisins.

Je présume qu'on n'aura pas d'objections à ce que les milliards ainsi récoltés soient utilisés pour soigner les citoyens, instruire la jeunesse et alléger le fardeau fiscal des Québécois.

L'auteur est physicien et professeur à la retraite de l'UQAM.

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