Le train manqué

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Le train manqué

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Photo fournie par Bombardier

 

François Rebello

À l'invitation du président Obama, les États américains ont déposé une série de projets de trains rapides. Malheureusement, le projet du TGV Montréal-New York n'a pas été soumis. En fait, deux projets modestes touchent des liaisons avec Montréal. La durée du trajet Montréal-New York passerait de 11 heures à huit heures et demie et un train Boston-Montréal serait remis sur les rails avec une durée de trajet de six heures.

Dans le cas de Boston, la durée sera équivalente à un voyage en voiture, mais dans le cas de New York, le trajet en train prendra deux heures de plus qu'en voiture. Nous sommes loin du TGV Paris-Lyon qui roule trois fois plus vite qu'une auto! Ces projets méritent d'être appuyés, mais sont loin d'être à la hauteur des attentes des citoyens. Un changement de vitesse s'impose.

 

Montréal avait beaucoup plus à gagner que New York dans un projet de TGV. Aussi, on aurait pu s'attendre à ce que Québec et Ottawa se coordonnent et proposent un projet aux États du nord-est et au président Obama. Ce n'est malheureusement pas ce qui s'est passé. Nos premiers ministres ont regardé passer le train. Contrairement au président Obama, ils n'ont rien prévu dans leur budget d'infrastructure pour financer des TGV. Nos chefs n'avaient rien à mettre sur la table pour inviter le président à les suivre afin qu'il finance les 4 milliards nécessaires au TGV Montréal-New York.

Bien sûr, on a enfin commencé à parler d'un TGV Toronto-Montréal-Québec, mais nous n'en sommes encore qu'aux études préliminaires. Dans ce dossier-là aussi, il faut accélérer la cadence. Quoi qu'il en soit, la liaison vers New York ne devrait pas être retardée parce que celle vers l'Ontario tarde à se réaliser. Nous sommes chanceux, New York n'est qu'à 600 km de chez nous. L'économie du Québec ne peut plus souffrir de l'absence d'un train rapide vers la capitale économique du monde.

Les Américains aussi devraient commencer à s'inquiéter de l'absence d'un train rapide vers Montréal. Les statistiques en témoignent: les Québécois visitent de moins en moins le nord-est des États-Unis. En fait, entre 1991 et 2001, c'est 300 000 Québécois de moins qui couchent chaque année au moins une nuit dans les États du nord-est.

Pourquoi cette désaffection? Peut-être à cause des changements de mentalité dans l'utilisation des moyens de transport. En effet, les jeunes Québécois ont moins de voitures. Les transports collectifs gagnent 1% de part de marché par année. C'est évident que le choix de la destination en sera affecté. Pourquoi se louer une voiture pour aller sur la côte Est américaine si on peut aller dans les îles du sud pour le même prix et plus rapidement?

Pourquoi les projets de TGV piétinent-ils? Certains vous diront qu'il n'y a pas le bassin de population nécessaire. Pourtant, les populations de New York, Boston et Montréal réunies atteignent 25 millions, soit plus que les 14 millions que représentent les populations de Paris, Lyon et Marseille, qui sont desservies par un TGV pourtant rentable.

Le véritable lobby qui agit contre les TGV est celui des lignes aériennes. Pourtant, les TGV développés ailleurs n'ont jamais tué les lignes aériennes. La mise sur rails du TGV n'a eu aucun impact sur les vols Barcelone-Madrid. Le Paris-Marseille n'a eu, pour sa part, qu'un effet mitigé, réduisant de 7% l'achalandage aérien.

Je ne vous surprendrai pas en vous disant qu'un voyage en train produit 20% de moins de gaz à effet de serre qu'un voyage en voiture. Tout le monde le sait, les transports collectifs, c'est bon pour l'environnement, mais ce que l'on oublie souvent, c'est que c'est payant.

L'auteur est député de La Prairie et porte-parole de l'opposition officielle en matière de travail. Il participe aujourd'hui à un panel portant sur les trains à la réunion annuelle de la Conférence régionale de l'Est du Council of State Government, qui a lieu à Burlington au Vermont.

 

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