Soyons vigilants

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Soyons vigilants

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Un motocycliste se recueille près de l'endroit où Fredy Villanueva a été tué il y a un an. Pas moins de quatre commémorations auront lieu ce week-end pour souligner ce triste anniversaire.

Photo: François Roy, Archives La Presse

 

Frantz Benjamin
La Presse

Il fallait un peu s'y attendre. La date du 9 août, qui ramène la mort de Fredy Villanueva survenue dans l'arrondissement de Montréal-Nord à la suite d'une intervention policière, charrie avec elle la suspicion, la douleur, la frustration, mais surtout l'espoir. Avant d'arriver à l'espoir, mes premières pensées vont à la mère, à la famille et aux amis du jeune Fredy Villanueva. Un an après, quelles leçons avons-nous tirées collectivement de ce drame?

L'enquête à venir du coroner Robert Sansfaçon éclairera bien des choses. Nous espérons que cette enquête abordera tous les aspects, y compris la question du profilage racial. Trop de voix se sont élevées autour du profilage racial pour aujourd'hui balayer d'un revers de main cette question.

 

Face aux commémorations, aux revendications et aux récriminations, soyons vigilants. Vigilants contre toute forme de récupération de la douleur, de la colère et du désespoir. Soyons aussi très vigilants face aux accusations hâtives. Le temps n'est pas au jeu «À qui la faute?» La seule cause qui compte aujourd'hui doit être celle des jeunes Montréalais qui veulent se projeter dans l'avenir.

À titre de commissaire scolaire, je ne veux pas qu'on me reconnaisse un statut de Noir ou d'origine haïtienne, mais plutôt que le fait d'être noir et membre de la communauté montréalaise d'origine haïtienne ne soit pas un facteur d'aliénation, de discrimination et d'exclusion à mon endroit. Les jeunes de Montréal-Nord ne souhaitent pas qu'on leur reconnaisse leur appartenance ethnoculturelle, mais plutôt que la couleur de leur peau, leur accent, leurs trajectoires migratoires, leurs conditions socioéconomiques ou leurs croyances ne soient plus un facteur d'exclusion.

Avons-nous des institutions qui auront le courage de se dire que peut-être n'avons-nous pas été tout à fait à l'écoute des besoins des jeunes de nos milieux? Des institutions qui travaillent véritablement à faire tomber les barrières auxquelles les jeunes de Montréal-Nord et de Rivière-des-Prairies doivent faire face?

Avons-nous des organismes qui continueront à être de vrais acteurs de changement par leurs pratiques et leurs interventions? Avons-nous des pères qui, malgré toutes sortes de contraintes, répondront présents aux côtés des mères courage de nos communautés? Avons-nous des jeunes à Montréal-Nord, à Saint-Michel et dans l'ensemble du territoire montréalais, par-delà les obstacles et parfois les échecs, qui continuent d'avoir l'audace d'espérer?

L'urgence aujourd'hui est de sortir de la dialectique police-jeunes ou de celles des institutions et du milieu pour parler de préférence de communauté. Donnons-nous le goût de bouger, de travailler ensemble.

Aurons-nous le courage de commémorer cette fin de semaine en nous engageant aussi individuellement que collectivement à prendre nos responsabilités pour l'avenir? Une commémoration qui sera à la hauteur des espérances des jeunes de Montréal-Nord et de l'ensemble du territoire montréalais.

L'auteur est commissaire scolaire et ancien président du Conseil interculturel de Montréal.

 

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