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Plaidoyer de Sarkozy: gifle pour les uns, triomphe pour les autres

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Plaidoyer de Sarkozy: gifle pour les uns, triomphe pour les autres

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La chef du Parti Québécois, Pauline Marois.

Photo: Le Soleil

Tommy Chouinard et Violaine Ballivy
La Presse

Des ténors souverainistes tels Jacques Parizeau ont reçu comme une gifle le plaidoyer pour l'unité canadienne de Nicolas Sarkozy.De leur côté, au lendemain de cette déclaration-choc du président de la France, certains porte-parole des gouvernements d'Ottawa et de Québec pavoisaient.

Plongé dans la controverse, le gouvernement français a tenté de calmer le jeu en fin d'après-midi et affirmé que M. Sarkozy avait été mal interprété.

 

Questionné pour savoir si sa «visite éclair à Québec» était «le présage d'une relation France-Québec moins privilégiée», M. Sarkozy a affirmé vendredi qu'il est «un ami du Canada» et que le monde n'a pas besoin d'une «division supplémentaire». Il a ajouté que «par son fédéralisme, le Canada envoie un message de respect de la diversité et d'ouverture».

L'ancien premier ministre du Québec Jacques Parizeau accuse Nicolas Sarkozy d'avoir prononcé une «énormité», «un jugement très antisouverainiste» qu'aucun autre chef d'État avant lui n'avait osé prononcer sur l'avenir du Québec.

«C'est dire : «Nous ne sommes pas d'accord avec la souveraineté du Québec. Nous acceptons des divisions partout dans le monde, mais pas celle-là.» Je ne me souviens pas d'avoir jamais vu un chef d'État dire cela», a affirmé le leader souverainiste dans une allocution prononcée à un colloque organisé à Montréal par le Mouvement national des Québécois. «C'est clair qu'il y a une intention de tasser les souverainistes.»

Piqué au vif, M. Parizeau est allé jusqu'à affirmer que cette «intrusion dans nos affaires» devrait inciter les Québécois à faire en sorte de devenir indépendants le plus rapidement possible.

«Cela devient une question de fierté. Il n'y a pas de raison qu'on nous dise, à nous, quoi faire», a-t-il ajouté lors d'une rencontre avec les journalistes. La réaction de M. Parizeau tranche avec celle, plutôt tiède, des leaders souverainistes Pauline Marois et Gilles Duceppe.

Ottawa jubile

Au Sommet de la francophonie, à Québec, le gouvernement Harper jubilait. Le ministre fédéral Lawrence Cannon, lieutenant politique de Stephen Harper au Québec, croit que la déclaration de M. Sarkozy représente une victoire pour le camp fédéraliste. «On est triomphant!» a-t-il lancé.

M. Cannon a dit apprécier que le président refuse «la langue de bois» et parle «franchement». «Le président a traité de la question de la souveraineté versus

l'adhésion au Canada. Je pense que cela a été clair. Son message est qu'il faut coudre, pas découdre», a-t-il ajouté.

Sa collègue Josée Verner trouve «rafraîchissants» les propos de M. Sarkozy. «Tous ceux qui veulent s'assurer que le Québec ait une place forte à l'intérieur du Canada ont une bonne raison de se réjouir», a-t-elle dit.

La ministre québécoise des Relations internationales, Monique Gagnon-Tremblay, croit même que le fait qu'un président français se prononce en faveur de l'unité canadienne assène un coup fatal au mouvement souverainiste. «Je pense que les discours des souverainistes sont dépassés. Il faut regarder l'avenir autrement», a-t-elle lancé.

«Dans un contexte économique difficile, l'avenir nous appartient», a-t-elle dit, en faisant référence aux fédéralistes. «Le Canada ne doit pas se diviser», a-t-elle ajouté. Selon elle, c'est l'essentiel du message de M. Sarkozy, qui, à ses yeux, n'a pas fait preuve d'ingérence. «Il a souhaité le dire, et je ne le condamnerai pas pour l'avoir dit, car c'est la vérité», a-t-elle affirmé.

«Souverainistes isolés»

Le premier ministre Jean Charest estime pour sa part que, à la suite des propos de Nicolas Sarkozy, et depuis le début de cette année du 400e anniversaire de Québec, «beaucoup de souverainistes sont de plus en plus confus, de plus en plus isolés». Il a pris ses distances des propos de sa ministre et affirmé que le mouvement indépendantiste ne disparaîtra pas pour autant.

Selon lui, les Québécois ne doivent pas «chercher à recevoir une permission ou une approbation» de la part d'un pays étranger comme la France, ce que font les souverainistes. «C'est aux Québécois de faire leur choix», a-t-il dit.

Jean Charest a toutefois refusé de commenter directement les propos de M. Sarkozy. Le premier ministre a préféré rappeler le discours du président à l'Assemblée nationale, où il a parlé du Québec comme d'un «peuple frère». Prudent, son ministre des Affaires intergouvernementales, Benoît Pelletier, a dit observer un «rapprochement de la France par rapport au Canada». Mais le président a aussi rappelé «les liens sincères et fraternels qu'entretient la France avec le Québec», a-t-il noté.

Marois et Duceppe prudents

Pour la deuxième journée consécutive, la chef du Parti québécois, Pauline Marois, et le leader du Bloc, Gilles Duceppe, ont fait preuve de retenue dans leurs propos. M. Duceppe a néanmoins laissé entendre que le président français n'avait pas à prendre position sur l'avenir des Québécois. «M. Sarkozy peut avoir son idée. Cela étant dit, il n'y a personne d'autre que les Québécois qui décident (de leur avenir). On n'a pas de permission à obtenir des Français.»

La réaction plutôt tiède de Pauline Marois et de Gilles Duceppe aux propos de Sarkozy a surpris, sinon déçu plusieurs militants souverainistes. «Ils sont dans le déni, ils inventent n'importe quoi pour diminuer la portée du discours de Sarkozy, mais c'est un méchant coup de poignard dans le dos», a dit hier Patrick Bourgeois, directeur du journal Le Québécois.

M. Bourgeois croit que les souverainistes devraient «tout faire pour nuire à Sarkozy et espérer qu'il ne soit pas à la tête de la France trop longtemps».

Visiblement embarrassée, Pauline Marois a souligné que les propos de M. Sarkozy pouvaient peut-être avoir une autre interprétation, d'où sa retenue. Elle s'est montrée satisfaite quand, en fin d'après-midi, plus de 24 heures après le début de la controverse, le secrétaire d'État français chargé de la Francophonie, Alain Joyandet, a affirmé que le président avait été mal interprété. Selon lui, M. Sarkozy parlait de la crise financière. Il voulait dire que, «dans ce monde difficile, on n'a pas besoin de division supplémentaire, il faut unir les bonnes volontés».

«Si vous essayez de chercher des mots dans une conférence de presse pour leur donner un sens qu'ils n'ont pas, on n'est pas dans la bonne foi», a-t-il lancé. Un ténor souverainiste bien informé considère que la France essaie de «remettre le dentifrice dans le tube».

Les explications de M. Joyandet ont néanmoins satisfait l'ancien premier ministre Bernard Landry, qui avait affirmé à La Presse, quelques heures auparavant, que M. Sarkozy avait commis une «erreur d'une extrême gravité».

 

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