Mort en direct et en accéléré d'un glacier bolivien

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Il y a 15 ans, les skieurs pouvaient... (Photo AFP)

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Il y a 15 ans, les skieurs pouvaient encore dévaler les pentes de Chacltaya. Le géant bolivien ne compte plus qu'une petite nappe de neige d'à peine 50 mètres carrés.

Photo AFP

 

Jose Arturo CARDENAS
Agence France-Presse

S'il est une image forte du réchauffement fatal aux glaciers, c'est bien Chacaltaya, ce géant de Bolivie où l'on venait skier il y a 15 ans sur «la piste la plus haute du monde» (5.300 m) et où l'on se presse à présent pour voir les derniers mètres carrés de neige.

Quelques pylônes de remontée mécanique surplombent en rouillant un versant pelé et caillouteux. Et une nappe de glace neigeuse de 50 mètres carrés donne une faible idée de ce qu'a pu être la surface de 1,6 kilomètre carré de Chacaltaya dans les années 50. «Il ne reste plus que cela: une petite base de glace en train de disparaître et qui ne va pas durer plus d'un an», se désole Alfredo Martinez, guide vétéran et fondateur du Club andin bolivien, qui à 74 ans, a vu fondre «son» Chacaltaya.

Photos noir et blanc à l'appui, il raconte les compétitions de ski auxquelles venaient participer des sportifs argentins et chiliens à deux heures de route étroite et sinueuse de La Paz. Il se souvient de la toute dernière course, il y a trois ans, sur l'unique piste au dénivelé abrupt de Chacaltaya, qui ravissait les amateurs de sensations fortes.

Aujourd'hui, «c'est un glacier mort», explique à l'AFP Edson Ramirez, glaciologue à l'Institut d'Hydrologie de La Paz et membre d'un réseau international d'étude du massif des Andes tropicales, à cheval sur le Pérou, la Bolivie, l'Equateur et la Colombie. Ces équipes, qui suivent ce massif depuis une quinzaine d'années, avaient prévu la disparition de Chacaltaya à l'échéance 2015. Avec un réchauffement global accéléré et un recul passé «d'un mètre par an environ dans les années 40 à six mètres par an», sa mort aura pris six ans de moins.

Autour de Chacaltaya, la Cordillière royale de Bolivie a perdu 43% de sa surface en 33 ans et le scénario accéléré s'y répète avec plus ou moins d'acuité, comme sur son voisin, le Huayna Potosi (6.088 m), ou le majesteux Illimani (6.462 m), qui domine la capitale La Paz.

Pour Ramirez, le responsable est indubitablement «le réchauffement climatique», étroitement associé aux gaz à effets de serre, émis par l'homme. Et en particulier par les pays industrialisés.

Car la Bolivie n'émettait en 2000 que 0,35% des gaz à effet de serre dans le monde, rappelle l'organisation humanitaire Oxfam dans un récent rapport publié à Barcelone en marge de négociations sur la Conférence sur le changement climatique de Copenhague.

Pour autant, ajoute Oxfam, elle sera touchée de manière disproportionnée, car des milliers de paysans andins et les habitants de La Paz dépendent de l'eau des glaciers (15% de l'approvisionnement de la capitale). Près de la moitié de l'énergie (40%) du pays est en outre d'origine hydroélectrique.

Ce sentiment d'injustice climatique anime un lobbying de la société civile -appuyé par le gouvernement- en faveur d'une «justice climatique internationale». L'objectif: pousser les pays industrialisés à indemniser les populations victimes de leurs «crimes climatiques».

En attendant, le Chacaltaya, et sa majestueuse vue de l'atiplano, reste un lieu de randonnée prisé, à l'intérêt renforcé par son statut de vitrine inégalée du réchauffement climatique.

Les touristes y découvrent en direct la terrible «rétroaction positive»: le phénomène qui veut qu'une surface déneigée capte plus de chaleur et fasse donc plus rapidement fondre la neige autour.

Alfredo Martinez prend entre ses doigts une poignée de neige, la frotte sur un morceau de roche. «Avant, la pierre était tellement froide que la neige se conservait», explique-t-il. «Maintenant, elle disparaît en quelques secondes...»

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