Pourtant, Ivins a conservé son travail au laboratoire militaire de Fort Detrick, dans le Maryland. Il a également réussi à acheter des armes, avant de devenir de plus en plus instable à mesure que le FBI se rapprochait du suspect.
Des préoccupations relatives à la vie privée, des lacunes bureaucratiques et les requêtes d'une enquête criminelle: tous ces ingrédients se sont combinés pour permettre à Bruce Ivins de rester à son poste et d'éviter la prison pendant des années.
Les preuves que détenaient les autorités américaines étaient-elles cependant trop fragiles pour passer à l'action? C'est ce que pensent les avocats d'Ivins. «Si c'était des éléments si stupéfiants, que s'est-il passé depuis 2005?», a demandé mercredi Paul Kemp, après une conférence de presse du gouvernement.
Cette question va au-delà de l'enquête criminelle. Elle touche directement à la sécurité même des quelque 1.400 laboratoires biologiques de défense américains. Autre interrogation: les 14 000 scientifiques, selon les estimations, qui sont en contact avec des substances mortelles subissent-ils des tests destinés à dépister le genre de maladie mentale que présentait Ivins?
L'Army Medical Research Institute of Infectious Diseases applique de strictes mesures de sécurité visant à écarter des scientifiques victimes de troubles. Il n'a avancé aucune explication sur les raisons pour lesquelles Ivins a été autorisé à manier certaines des substances les plus dangereuses au monde, alors qu'il prenait des antidépresseurs et bénéficiait d'une assistance psychologique pour contrôler ses propres démons.
Entre 2000 et 2006, selon les enquêteurs, Ivins s'est vu prescrire des antidépresseurs, des antipsychotiques et des médicaments contre l'anxiété. Ce n'est qu'en novembre 2007, après une opération du FBI à son domicile, que Fort Detrick lui a retiré l'accès au laboratoire, et l'a cantonné à un travail de bureau.
Tout ce que Bruce Ivins a pu dire à ses thérapeutes et médecins était protégé par la législation sur la vie privée. Mais David Fidler, un professeur de droit de l'université de l'Indiana, dit ne pas comprendre comment un scientifique restant jusqu'à tard dans la nuit dans un laboratoire a pu passer inaperçu. Les explications d'Ivins -à savoir sa volonté d'échapper à une vie difficile à la maison- auraient également dû susciter des interrogations.
Les documents diffusés par les autorités ne permettent pas de savoir si ses supérieurs ont tiré la sonnette d'alarme, et l'armée n'a pas dit depuis combien de temps elle était au courant des problèmes d'Ivins.
Les parlementaires se sont engagés à enquêter sur cette affaire d'anthrax et sur la sécurité des laboratoires.











