La chasse aux mendiants est ouverte à Delhi

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Des «tribunaux mobiles» sillonnent les rues de la... (Photo AFP)

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Des «tribunaux mobiles» sillonnent les rues de la capitale indienne depuis le 1er septembre pour arrêter, juger et envoyer dans des centres de réinsertion les mendiants pris sur le fait.

Photo AFP

 

Béatrice LE BOHEC
Agence France-Presse

Quatre policiers aux aguets s'engouffrent dans les ruelles chaotiques du Vieux Delhi en quête de mendiants qu'ils embarqueront dans un bus transformé en tribunal. Mais les mailles du filet sont larges: enfants, vieillards et malades échappent à l'opération «ville propre».

Depuis le 1er septembre, les autorités ont lancé leurs premiers «tribunaux mobiles» dans les lieux touristiques pour «nettoyer» la ville avant les jeux du Commonwealth en octobre 2010 dans la capitale indienne. Les mendiants pris sur le fait par la police sont jugés puis envoyés dans des centres de réinsertion.

En uniforme kaki, S.K. Tyagi, suivi par trois policiers en civil, zigzague entre les rickshaws et les charrettes chargées de ballots hétéroclites en tentant de fixer son attention sur les seuls à ne pas remuer dans la cohue, toute une population assise par terre.

Deux vieilles femmes en guenilles, les cheveux gris lâchés sur l'épaule, se terrent dans une ruelle sombre du quartier commerçant de Chandni Chowk. «Ce sont des mendiantes mais elles sont trop âgées», tranche S.K. Tyagi en poursuivant son chemin.

Les policiers se dirigent ensuite vers un temple sikh animé, les lieux de culte attirant souvent des dizaines de clochards. Un homme barbu entre deux âges, pieds nus, se tient assis à l'entrée. «Il ne tend pas la main, on ne peut donc l'arrêter», lâche, fataliste, Usha Rani, la seule femme de l'équipe.

Un peu plus loin, les officiers croient avoir trouvé le mendiant idéal lorsqu'ils croisent un homme aux genoux écorchés et dépigmentés, assis sur une paillasse, qui tend ostensiblement la main aux passants indifférents.

À mieux y regarder, on ne peut l'arrêter, décident-ils cependant. «C'est un lépreux», explique S.K Tyagi, tandis que quelques enfants s'accrochent aux vêtements des touristes pour trois roupies, sans faire ciller la police.

Aucune arrestation n'aura finalement lieu et dans le bus garé non loin du lieu de ronde policière, le magistrat - turban noir et chemise blanche- n'aura pas ouvert son registre de justice en papier jauni posé sur un siège.

«Nous ne pouvons pas faire grand chose avec deux tribunaux mobiles pour toute la ville», reconnaît un responsable du gouvernement de Delhi, sous couvert d'anonymat. Dans cette ville de 16 millions d'habitants, seuls huit policiers et deux juges ont été chargés de cette opération.

Selon les autorités, soixante-dix mendiants ont été arrêtés depuis septembre. En majorité, ce sont des hommes, venus des États les plus pauvres du pays, comme le Bihar ou l'Uttar Pradesh.

S'il s'agit de leur premier délit, les personnes arrêtées devront rester de un à trois ans dans l'un des 11 centres de réinsertion destinés à leur apprendre un savoir-faire, comme la plomberie ou la menuiserie, selon le département de protection sociale de la ville.

S'il s'agit de leur deuxième délit, elles pourront passer jusqu'à dix ans de leur vie dans ces institutions qui séparent les handicapés, les femmes et les hommes.

Selon les autorités, cette opération doit durer au moins un an. Des associations caritatives, comme l'ONG indienne Save Children Campaign, ont condamné la démarche, jugeant qu'une «chasse aux mendiants» n'allait pas résoudre le problème de la pauvreté.

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