Une militante des droits de l'homme assassinée en Russie

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Une militante des droits de l\'homme assassinée en Russie

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Natalya Estemirova, en 2004. Elle a été retrouvée morte mercredi.

Photo AFP

 

Olga Nedbaeva
Agence France-Presse
Moscou

Une militante des droits de l'homme russe, Natalia Estemirova, qui dénonçait la poursuite des exactions en Tchétchénie officiellement pacifiée a été enlevée et assassinée mercredi, un crime qui a «indigné» le président russe Dmitri Medvedev.

Le corps de Natalia Estemirova de l'ONG Memorial, dont l'enlèvement avait été annoncé un peu plus tôt par l'organisation, a été découvert vers 17h20 dans une forêt près de Nazran, principale ville d'Ingouchie.

«Le corps porte des traces de blessures à la tête et à la poitrine», a indiqué la commission d'enquête du Parquet dans un communiqué.

Le matin Mme Estemirova, 50 ans, avait été «poussée de force, près de chez elle, dans une voiture» et emmenée vers une destination inconnue, avait indiqué Memorial, citant des témoins.

«Le président Dmitri Medvedev s'est dit indigné par ce meurtre» et a présenté ses condoléances à la famille de la victime, a déclaré sa porte-parole Natalia Timakova citée par les agences russes.

Le président tchétchène Ramzan Kadyrov a qualifié mercredi d'«inhumain» l'assassinat de Natalia Estemirova et s'est engagé à superviser personnellement l'enquête. «Ceux qui ont levé la main sur elle n'ont pas le droit de renvendiquer le qualificatif d'être humain et ne méritent pas de pitié», a déclaré M. Kadyrov cité par l'agence de presse russe Ria-Novosti.

Natalia Estemirova avait dénoncé dernièrement une exécution arbitraire en Tchétchénie, ce qui avait déplu aux autorités locales pro-russes, a déclaré à l'AFP Alexandre Tcherkassov, de l'ONG Memorial.

Il s'agit du meurtre d'un rebelle présumé par des hommes en tenue de camouflage à Akhkintchou-Borzoï le 7 juillet, un incident rendu public par Memorial.

L'ONG rappelle que l'activité de Mme Estemirova avait déjà suscité dans le passé «le mécontentement des autorités tchétchènes».

«Je n'ai aucun doute que ce meurtre est lié à l'activité professionnelle de Natalia qui dénonçait l'arbitraire des forces de l'ordre de Ramzan Kadyrov», le président tchétchène pro-russe, a déclaré à l'AFP Tatiana Lokchina de Human Rights Watch.

Selon elle, la manière dont elle a été enlevée, évoque les méthodes des hommes de Kadyrov.

Le gouvernement russe a pourtant levé en avril «l'opération antiterroriste» qui était en cours depuis une décennie en Tchétchénie, ce qui était censé symboliser une normalisation.

«Ce crime horrible a eu lieu là où on nous dit que la guerre est finie, que l'ordre et la loi règnent, dans la Tchétchénie de Kadyrov (...) Nous savons que la longue main de Kadyrov est capable d'atteindre les opposants partout», a dénoncé Lev Ponomarev de l'ONG russe Pour les droits de l'homme.

Le fait que le corps de la militante a été retrouvé en Ingouchie «porte un coup (de plus) au président ingouche Iounous-Bek Evkourov» connu pour dialoguer avec la société civile et lui-même grièvement blessé dans un attentat suicide fin juin, estime Alexeï Malachenko, analyste au centre Carnegie.

«C'est une tentative de prouver que ses méthodes ne marchent pas dans le Caucase», ajoute l'expert qui vient de publier un livre sur M. Kadyrov.

Le chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner, s'est déclaré «horrifié» par le meurtre de Natalia Estemirova et a réclamé que les auteurs de ce crime soient jugés.

La présidence suédoise de l'UE a aussi condamné ce meurtre «brutal» et appelé «les autorités russes à essayer de trouver qui est responsable et à faire ce qu'il faut» pour cela.

Mme Estemirova était proche de la journaliste Anna Politkovskaïa, assassinée en 2006 à Moscou et qui était l'une des rares à avoir continué à se rendre en Tchétchénie pendant le conflit. Ce crime n'a jamais été élucidé.

Elle fut la première lauréate en 2007 du Prix Anna Politkovskaïa, décerné à des militantes des droits de l'homme dans des zones de conflit. Elle s'est également vu décerner un prix du Parlement suédois et la médaille Robert Schuman du Parlement européen.

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