Rien ne va plus pour la social-démocratie allemande

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Le candidat social-démocrate à la chancellerie, Frank-Walter Steinmeier ... (Photo: AFP)

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Le candidat social-démocrate à la chancellerie, Frank-Walter Steinmeier

Photo: AFP

 

Audrey Kauffmann
Agence France-Presse
Berlin

Sanctionnés comme jamais à des législatives dimanche, les sociaux-démocrates allemands retournent dans l'opposition après onze ans au pouvoir, de plus en plus débordés sur leur gauche par Die Linke.

Le SPD a encaissé une débâcle inédite, avec seulement 23% des voix contre 33,8% aux conservateurs CDU-CSU d'Angela Merkel, 14,6% aux Libéraux (FDP), 10,7% aux Verts et 11,9% à Die Linke.

Son pire score de l'après-guerre était jusque-là 28,8% en 1953.

«Le SPD n'est plus que l'ombre de lui-même», commentait lundi le quotidien de gauche Frankfurter Rundschau.

«C'est une défaite amère», a reconnu le candidat SPD à la chancellerie et chef de la diplomatie Frank-Walter Steinmeier, qui devrait prendre la direction du groupe parlementaire SPD dans le nouveau Bundestag. «Mais en 146 ans d'existence, le SPD a déjà surmonté d'autres crises graves et il surmontera aussi celle-ci».

M. Steinmeier a promis de constituer «une opposition forte». Le SPD tentera notamment d'empêcher qu'«on fasse marche arrière» avec une remise en cause de l'abandon d'ici 2020 de l'atome civil décidé sous l'ex-chancelier social-démocrate Gerhard Schröder (1998-2005).

Au total, le SPD vient de passer onze années au pouvoir, de 1998 à 2009, sous Schröder puis allié Angela Merkel.

Le maire social-démocrate de Berlin, Klaus Wowereit, tenant d'une ligne de gauche affirmée, a dit croire en un bain de jouvence dans l'opposition, où le SPD pourra «se doter d'un profil plus clair».

La sévère cure d'amaigrissement de l'Etat-providence des années Schröder, incomprise d'une partie de l'électorat social-démocrate, puis l'alliance avec les conservateurs ont en effet coûté cher au SPD. Le parti est passé de 20 millions de voix aux législatives de 1998 à dix millions en 2009.

Le SPD a remis la barre à gauche fin 2007 pour tenter d'endiguer son hémorragie d'adhérents et la montée de Die Linke, qui défend des thèses radicales en matière de justice sociale et une ligne pacifiste.

Mais les 11,9% de Die Linke et les 10,7% des Verts --leur meilleur score législatif-- prouvent que beaucoup d'électeurs ont durablement tourné le dos au SPD, jugent des analystes. En particulier les jeunes: seuls 17% des moins de 30 ans et 21% des 30-44 ans ont voté SPD, contre 30% des plus de 60 ans.

Le SPD paie aussi son discours peu audible envers Die Linke, un parti qui réunit depuis 2007 les néo-communistes d'ex-RDA, nombre de déçus du SPD et des syndicalistes: refusant une alliance fédérale, il a autorisé des alliances régionales.

Die Linke pavoise d'avoir «franchi le mur du son», soit les 10% qu'il visait, et d'avoir entériné au niveau fédéral son ascension entamée dans les Länder (Etats régionaux). D'autant qu'il est aussi entré dimanche dans un 6e parlement de l'Ouest, au Schleswig-Holstein (nord), et a remporté plus de 27% des voix dans le Brandebourg (autour de Berlin), dans deux scrutins régionaux.

«Nous avons les bonnes réponses et nous allons nous faire entendre au Bundestag», a annoncé Oskar Lafontaine, transfuge du SPD devenu figure de proue des Linke. Selon lui, «le SPD ne pourra plus négliger les questions que nous posons».

Le SPD va «devoir mener un débat intensif», a concédé son secrétaire général Franz Müntefering.

Pour Berthold Huber, chef du syndicat IG Metall qui pour la première fois n'avait pas appelé à voter SPD, le parti «doit cesser de parler des gens, il doit parler aux gens».

Et le Frankfurter Rundschau d'ajouter: «le SPD a perdu dans les années 80 des électeurs au profit des Verts et ces dernières années au profit de Die Linke (...) Il va lui falloir en regagner avec une offensive tactique et programmatique. C'est sa chance dans l'opposition. Son unique chance».

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