Le fossé se creuse entre Arabes israéliens et Juifs

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Le fossé se creuse entre Arabes israéliens et Juifs

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Une femme passe devant une affiche de Tzipi Livni.

Photo: AP

Agnès Gruda
La Presse

(Rahat, Israël) Une assemblée politique d'un tout autre style réunit un millier de personnes à Rahat, à une quarantaine de kilomètres d'Arad.

Ici, il n'y a que des hommes. Les femmes sont «trop timides» pour prendre part au rassemblement, nous explique-t-on. Des orateurs lisent des extraits du Coran et des drapeaux islamiques flottent autour de la scène, installée à l'extérieur malgré le vent frisquet qui souffle du désert.

 

But de l'assemblée: inciter les Arabes israéliens à voter pour la Liste arabe unie, l'un des deux partis qui s'adressent nommément à leur communauté. Le message passe bien, et pour cause. Il y a eu Gaza. Et il y a Lieberman.

Dans le passé, Khalid Ateqah, 30 ans, a voté pour toutes sortes de partis israéliens: les travaillistes, le parti de gauche Meretz... Cette fois, c'est fini.

«Aucun des partis sionistes n'a dénoncé la guerre, je ne peux plus voter pour eux.» S'il le pouvait, Khalid Ateqah voterait même pour le Hamas. Une hérésie aux yeux de la majorité israélienne.

Les bombardements de Gaza et le discours haineux de Lieberman ont creusé un gouffre entre Juifs et Arabes en Israël. Paradoxalement, Rahat, une ville arabe de 50 000 habitants située à un jet de roquettes de Gaza, a reçu cinq de ces projectiles cet hiver, pendant la guerre. Assez pour faire peur aux gens. Pourtant, leur coeur était avec Gaza.

«Nous avons de nombreux proches à Gaza», explique le maire de Rahat, Fayez Abou Sehban, selon qui sa ville a été la première à protester contre la guerre.

Aux élections de 2006, le parti Kadima d'Ehoud Olmert a ouvert un bureau à Rahat, où il a récolté 800 votes. Cette fois, pas de bureau, pas de rassemblement politique. Et le maire serait surpris que ce parti récolte ne serait-ce qu'un seul vote à Rahat.

Avec son projet de transfert de populations, Lieberman ajoute du sel sur la plaie. «C'est un extrémiste, il devrait être traité comme Saddam Hussein», avance un des participants. Un autre demande: «La communauté internationale a choisi de boycotter le Hamas. Va-t-elle boycotter Israël si Lieberman accède au gouvernement?»

 

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