"C'est un pionnier qui nous quitte. Alors que tout le monde considérait les alcooliques et toxicomanes comme des pécheurs ivrognes qu'il fallait cacher, le Dr Chiasson s'efforçait de s'en occuper, en développant une approche qui s'inscrivait complètement à contre-courant", affirme le chef des programmes administratifs du Centre Jean-Patrice Chiasson / Maison Saint-Georges (dont le siège social est situé sur la rue King Ouest), Jean Delisle.
Directeur actuel du département de psychiatrie au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CHUS), le Dr Beauséjour, a eu la chance de côtoyer le Dr Chiasson. "C'est devenu un modèle pour moi. Je l'ai rencontré avant de faire ma médecine. J'avais un emploi d'été comme préposé aux malades au département psychiatrique de l'Hôpital Saint-Charles-Borromée, où le Dr Chiasson était directeur clinique. C'était impressionnant de voir sa passion et son énergie", affirme celui qui compte maintenant plus de 30 ans de métier en psychiatrie.
"Le Dr Chiasson était persuadé que l'alcoolisme et la toxicomanie étaient des maladies qui devaient être diagnostiquées et traitées, et ce, avec une approche interdisciplinaire. Il croyait en un traitement hospitalier et communautaire et mettait l'emphase sur la réadaptation des gens dans leur milieu", ajoute le Dr Beauséjour.
"Mon père n'a jamais travaillé seul. Il a toujours tenu à s'entourer de gens compétents pouvant l'aider à soigner les toxicomanes et alcooliques. Il avait toujours une équipe de psychologues, administrateurs et autres spécialistes avec lui", raconte Louis Chiasson.
Originaire du Nouveau-Brunswick, le Dr Jean-Patrice Chiasson a parcouru les États-Unis, où il a complété sa psychiatrie et sa formation en toxicologie. De la Pennsylvanie à la Louisiane, il n'a jamais cessé de se passionner pour le traitement des dépendances. Après un saut au Nouveau-Brunswick et en Ontario, il sème son approche unique à Joliette, avant de s'établir à Sutton dans les années 1970.
"Il a payé de ses poches la construction d'un foyer destiné aux religieux et bénévoles de toutes sortes ayant des problèmes d'alcool ou de drogue", se rappelle son fils, Louis Chiasson.
Vers la fin des années 1970, il déménage finalement à Sherbrooke. Il enseigne alors à l'Université de Sherbrooke et pratique la psychiatrie au CHUS, où il initie le programme sur l'alcoolisme et la toxicomanie. "Le programme a évolué et il a finalement quitté l'hôpital, ce qui a entraîné la création du foyer Jean-Patrice Chiasson, devenu le Centre Jean-Patrice Chiasson / Maison Saint-Georges, explique Jean Delisle. Grâce à lui, nous pouvons maintenant soigner 1500 personnes par année."
"Je suis fier de ce que mon père a accompli. Il s'est démené jusqu'à la dernière minute, même avec ses propres maladies", témoigne Louis Chiasson.
"J'ai eu la chance de le revoir il y a deux ans et même s'il n'était plus très en forme, ses yeux brillaient encore en parlant de son travail", conclut le Dr Beauséjour.









