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Frites, fromage en grains et refrains

 

Laura Martin
La Tribune

Ils ne pensent plus à des refrains qui tuent, mais à des bières à commander, des cadeaux à livrer aux commanditaires, des chapiteaux à ériger.

Ces vraies bêtes de festivals, dressées et grassement nourries dans les parcs et centre-ville du Québec depuis sept ans, passent cette semaine de l'autre côté des scènes en pelouse. Ils lèveront vendredi la barrière de la première édition de leur Festival de la poutine, au parc Woodyatt de leur ville natale, où ils souhaitent attirer 10 000 personnes par la panse et par des noms alléchants comme Pascale Picard et Éric Lapointe.

Il n'y a rien de plus important, cette semaine, que d'à acheter du ketchup, remplir les bonbonnes de propane, appeler le gars du son... Ils font des cauchemars où il tombe des hallebardes et pas un chat ne se pointe

«Des gens pensent que nous ne sommes que les porte-parole de l'affaire, mais ce n'est pas le cas, précise Olivier Benoît. Nous pensons à ce festival depuis 4, 6, même 10 ans. Nous ne nous sommes pas partis un festival pour jouer dedans non plus. Nous ne jouerons pas! C'est notre projet. Mais un projet à part de notre projet musical. Nous le faisons aussi un peu, beaucoup pour Drummondville, qui a perdu, selon nous, bien du lustre culturellement depuis notre enfance.»

Ils sont dans la poutine jusqu'au cou. Même les rares concerts qu'ils ont donnés cet été, en Gaspésie, aux Îles-de-la-Madeleine comme à Nominingue, n'était pas désintéressés, admet Simon Proulx, qui fait un bien drôle de trésorier: «Nous regardions qui était le fournisseur de toilettes chimiques et quel était le prix de la boisson. Nous ne pouvons plus enlever nos yeux de producteurs.»

Au casse-croûte Lowring, de la rue du même nom (mais sans le double vé), ce ne sont donc pas les six loustics gagnants d'un Félix qui piquent les dernières frites croquantes dans le fond de leur assiette, mais six entrepreneurs. La gestion de leur OSBL est une affaire plus sérieuse qu'une chanson qui parle de skeleton ou de cocotiers... Tellement sérieux qu'on craindrait presque qu'ils aient perdu leur sens du canular, si une invitation à un après-midi «jeu de poches et piscine» ne circulait pas entre deux bouchées...

«Pour nous, ce n'est pas nouveau, poursuit Olivier. Nous nous sommes toujours produits. Nous avons produit nos deux albums, des spectacles, des clips. Nous sommes habitués de réunir le monde et de brasser des affaires.»

«Le monde qui connaît notre démarche sait que nous sommes capables de mener un projet. Quand tu négocies pour commander 1000 kilos de fromage en crottes, tu es en business comme n'importe qui d'autre», renchérit Charles Dubreuil.

Les Trois Accords ont conclu la tournée québécoise de Grand champion international de course en septembre 2007. Puisqu'il n'y avait, à l'agenda des douze prochains mois, qu'une tournette en France à laquelle s'est ajoutée la sortie fortuite du DVD En beau country le printemps dernier ils ont jugé que le temps étaient venu de réunir les ingrédients, de faire prendre la sauce, d'apprendre sur le tas de frites.

«Des festivals, on en a fait. Nous étions bien placés pour savoir ce que nous voulions et ne voulions pas. Nous savions, entre autres, que nous voulions faire des loges un sanctuaire. Nous avons tellement vu de festivals où on autorise les intrusions de V.I.P., avec le maire qui arrive avec sa famille une minute et demie après qu'on soit sortis de scène, alors qu'on est en bobettes en train d'arroser les plantes..», déplore Charles Dubreuil.

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