«Félix m'a apporté beaucoup. À son contact, j'ai compris le respect des autres. Cet homme-là avait un tel respect du public. J'admirais aussi son indépendance. C'était quelqu'un qui assumait complètement ses choix. Avec lui, j'ai appris à dire non plus souvent que oui», note M. Jobin, depuis sa maison dans la région de Québec.
C'est un peu par hasard que ce dernier a rencontré le grand Félix, à l'île d'Orléans.
Producteur de spectacles, il était en charge pour la première fois de la programmation du Théâtre de l'île, dans les années 1970. C'était un endroit où Leclerc avait l'habitude de jouer chaque été et où il était venu, encore cette fois.
«À l'époque, il faisait très peu de spectacles au Québec. Il n'avait pas d'agent ici et il était difficile à trouver. Financièrement, son succès en Europe lui rapportait suffisamment. Après notre première rencontre, je m'étais rendu en France pour le travail, où j'avais croisé l'agent que Félix avait là -bas. Il m'avait remis sa tenue de scène, me disant qu'il était tellement pressé de repartir, lors de sa dernière tournée, qu'il l'avait laissée là -bas!»
Jobin avait rapporté ladite tenue et avait causé avec le poète de la possibilité d'organiser une petite tournée au Québec. Les choses se sont emboîtées et l'alliance s'est véritablement soudée lorsque, à l'automne, Pierre Jobin a proposé au chanteur de l'accompagner dans tous ses déplacement de tournée en France.
«Là , ça a été l'explosion de joie. Il n'osait pas me le demander, mais il était heureux que je me propose. Il m'a dit: ?Tu vas voir comment c'est, là -bas! Tu pourras dire que tu auras été le seul Québécois à m'avoir suivi en France!? À partir de là , on a travaillé ensemble jusqu'à sa mort. Il a davantage tourné au Québec, s'est ancré encore plus dans la province. »
Vie monacale
De Leclerc, il garde l'image d'un homme libre au style de vie monacal.
«Il avait une vie réglée de moine! Il ne buvait pas, ne fêtait pas. En tournée, il se levait tôt, marchait dans la ville avant de revenir prendre le petit-déjeuner», se souvient l'agent et producteur.
Pour ce dernier, c'est avec L'alouette en colère, sa première chanson engagée, que Félix s'est inscrit dans le coeur des Québécois.
«Et avec Le tour de l'île, il est véritablement devenu ce grand-père aux yeux bleus qui monte la garde.»
L'image est belle. Et juste. Mais ce n'est pas forcément celle que le poète de l'île aurait aimé laisser.
«Ses chansons, pour lui, c'était un truc du dimanche. Ce qu'il aurait aimé écrire davantage, c'est du théâtre. Il aurait énormément donné pour être connu davantage comme un dramaturge que comme un chanteur», assure Pierre Jobin.
Les temps changent. De nos jours, il y a bien quelques dramaturges qui donneraient cher pour n'avoir qu'une fraction de la renommée de Félix Leclerc.















