En 25 ans, je n'avais jamais vu Jean Perrault aussi agité, aussi anxieux. Pas même dans l'attente des résultats le soir du référendum municipal sur le plan d'urbanisme.
Il y a toujours un lendemain pour surmonter les écueils politiques, mais le maire Perrault savait que le verdict qui le rongeait était sans appel.
«Je ne pouvais pas m'imaginer rentrant à Sherbrooke bredouille», jubilait-il en fin de journée au milieu des supporteurs réunis à l'hôtel Delta.
Déception que la délégation dirigée par l'homme d'affaires Dennis Wood avait vécue en 1993, à Toronto, au moment où Sherbrooke avait présenté sa candidature pour la tenue des Jeux du Commonwealth.
«Le matin, avant notre présentation, le comité olympique canadien avait appuyé la candidature de Québec pour les Olympiques de 2002. Nous savions que c'était peine perdue, qu'il n'y aurait pas deux votes en faveur du Québec la même journée. Ce fut l'une des plus grandes déceptions de ma vie», porte encore aujourd'hui comme blessure M. Wood.
Lorsque le député d'Orford, Pierre Reid, la ministre Monique Gagnon-Tremblay, puis le premier ministre Jean Charest sont entrés dans la salle en prévision de l'annonce relevant de leur collègue responsable du Loisir et du Sport, Michelle Courchesne, le maire Perrault a soupiré un peu plus d'aise. Les autres membres de la délégation de l'Estrie aussi.
Ajoutez à ce signal la présence inattendue de l'haltérophile sherbrookoise Maryse Turcotte - choisie au hasard, a-t-on assuré, pour agir comme animatrice de la conférence de presse à titre d'ambassadrice en route vers l'excellence - et la table était mise pour de joyeuses célébrations en famille...
«Quand on m'a proposé cette activité, j'ai eu quelques hésitations. Mais je savais le processus rigoureux. Même si le résultat n'avait pas été en faveur de Sherbrooke, je serais venu quand même», a confié M. Charest, informé il y a déjà une semaine du résultat favorable à sa région.
Le premier ministre a célébré la victoire de sa communauté avec sobriété, par égard à l'endroit des deux autres villes candidates.
«Même si le premier ministre est de votre région, je suis persuadé que l'évaluation a été objective. Certaines personnes alimenteront peut-être des doutes à cet effet, moi, je n'en ai aucun», a réagi avec diplomatie le maire de Sept-Îles, Ghislain Lévesque.
Blainville, la plus proche rivale de Sherbrooke aux points, a joué gros. Peut-être trop, a signalé le président des Jeux du Canada, Larry Smith, à des membres de cette organisation.
«Si j'avais demandé un support de 150 M $ pour agrandir notre stade de football, probablement qu'on nous l'aurait refusé. J'ai demandé 30 M $ et je les ai eus», a-t-il dit en traçant un parallèle entre les attentes financières de la ville représentant Laurentides et le projet d'agrandissement du domicile des Alouettes de Montréal.
Le dossier Sherbrooke était bien préparé, les attentes financières étaient ciblées et réalistes. La région a gagné les Jeux. Ils ne lui ont pas été accordés sur la base d'influence politique.
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Avec le drapeau remis hier au maire Perrault et qui flottera à Sherbrooke durant l'été 2013 arrive la garantie d'un financement de 15,3 M $ en provenance d'Ottawa et Québec pour le budget de fonctionnement chiffré à un peu plus de 23 M $.
Les gouvernements supérieurs injecteront également 3 M $ chacun pour le financement des dépenses en immobilisations, montant qui couvrira environ le tiers des équipements supplémentaires requis.
En combinant ces deux enveloppes, la région démarre avec des acquis financiers l'assurant de presque la moitié de l'argent sonnant dont elle a besoin pour préparer et tenir les Jeux dans quatre ans. Il s'agit d'engagements fermes et non d'intentions gouvernementales comme celles que la région a attendues jusqu'à la dernière minute lors des Mondiaux Jeunesse d'athlétisme en 2003.
La Ville de Sherbrooke s'est commise pour des investissements directs de 10,8 M $ en plus de 2 M $ qu'elle prévoit offrir en biens et services. Le budget prévoit que les villes partenaires de Magog et Coaticook injecteront près de 400 000 $ pour améliorer leurs infrastructures.
Les universités Bishop's et de Sherbrooke contribueront pour 1 M $ chacune en biens et services. En plus, l'UdeS s'engage à injecter 4,2 M $ en immobilisations.
La région s'attend à récolter sensiblement les mêmes montants en commandites (autour de 8 M $) que les villes ayant organisé ces Jeux dans le passé et anticipe 1 M $ en recettes de la vente de billets. Des prévisions jugées conservatrices.
Ouvrez les voiles, Sherbrooke prend le large et se lance à l'aventure.











