Des poussières dans la galaxie

  • Taille du texte
  • Imprimer
  • Envoyer

    Vous pouvez indiquer plusieurs adresses séparées par des virgules.

    Le commentaire peut contenir un maximum de 1500 caractères.

    Transfert des données
    Merci:

    Votre message a bien été envoyé!

    Pour envoyer à d'autres amis, cliquez ici

Sur le même thème

Des poussières dans la galaxie

Agrandir

Archives La Tribune, Claude Poulin

Luc Larochelle
La Tribune

Des ruraux des hauteurs de l'arrière-pays se portent à la défense d'universités installées dans les grands centres urbains. Vu de loin, c'est tout un anachronisme.

Ces gens se mobilisent tout en sachant que ce n'est pas par grandeur d'âme que des scientifiques sont débarqués un jour dans leur cour. Si les astronomes de l'Université de Montréal avaient pu mener leurs recherches dans des conditions favorables sans avoir à s'expatrier, ils se seraient installés au sommet de la Place Ville-Marie. Leurs confrères de l'Université Laval auraient demandé à pouvoir remplacer un canon par un télescope dans une annexe de la Citadelle de Québec.

 

La science s'est éloignée en 1978 des néons de la ville sachant que, pour observer les astres, elle verrait plus clair dans la noirceur. Un mariage de raison ayant par la suite marié des intérêts. D'où le front commun d'aujourd'hui.

Sans des oiseaux de nuit juchés sur le mont Mégantic, qui aurait cautionné l'idée d'intégrer cette immense cuvette au réseau des parcs nationaux? Sans cette spécificité, qui aurait réussi à vendre Notre-Dame-des-Bois comme capitale de l'astronomie? Qui se serait soucié de tamiser l'éclairage sur 100 km pour préserver ce laboratoire naturel et faire reconnaître l'Estrie comme toute première réserve mondiale de ciel étoilé?

En plus de l'astronomie, on devrait aussi y enseigner l'économie tellement les principes avant-gardistes «d'actions intégrées» ont été mis en pratique au cours des trois dernières décennies dans ce microcosme. L'Astrolab, centre d'interprétation populaire, est le complément de l'Observatoire, lieu d'expertise scientifique. Ils sont installés côte-à-côte devant l'immense voûte céleste, dans la nature généreuse du parc du Mont-Mégantic.

Ce modèle d'intégration est à ce point unique, ont constaté des spécialistes embauchés par Tourisme Cantons-de-l'Est, qu'il devrait devenir produit d'appel pour renforcer le positionnement stratégique de l'Estrie sur le marché du tourisme international.

Mais voilà que l'une des pièces de ce développement structurant est en danger. L'Observatoire est menacé par la perte d'une subvention fédérale de 325 000 $.

Le Conseil de recherche en sciences naturelles et en génie du Canada, organisme indépendant du gouvernement, a jugé qu'il y avait oeuvres plus concrètes et plus utiles que d'explorer l'espace se trouvant à des années-lumière ou de ramener sur terre les premières images des planètes extrasolaires. Course que l'Observatoire du Mont-Mégantic a remportée en devançant la NASA, importe-t-il de rappeler.

Il faudrait en priorité financer la recherche pour fabriquer les satellites plus performants qui assureront les besoins quotidiens et sans cesse croissants de transmission de données et d'images numériques. C'est une façon de voir les choses.

Un organisme évaluant au mérite les demandes de financement de projets à caractère scientifique ne porte aucunement intérêt dans sa grille d'évaluation au volet touristique. Cela n'est pas de son ressort. Il n'est pas anormal non plus que les chercheurs rattachés à l'Observatoire du Mont-Mégantic soient soumis aux mêmes règles que leurs pairs. Autrement, ils se réduiraient eux-mêmes au rôle de figurants.

Voyons par contre le pire du scénario qui se dessine. Supposons que la société ne voit plus du tout l'utilité des équipes de recherche de l'Observatoire du Mont-Mégantic. On pourrait toujours conserver le bâtiment et le télescope géant intacts. Faire de l'Observatoire un musée, attendre que ses installations se détériorent lentement et vivent le même sort que les phares longeant le fleuve Saint-Laurent, qui sont démolis quand arrive le moment d'investir pour éviter qu'ils ne s'écroulent par eux-mêmes.

C'est une option, mais diable que ce serait manquer de vision et d'ambition. Oui, la recherche en astronomie est de la recherche fondamentale plutôt abstraite. Mais avec la mission complémentaire qu'elle s'est donnée au Mont-Mégantic, de la façon dont elle s'est imbriquée dans la communauté locale et dans la société en général, il ne peut y avoir d'effets d'émulsion et de courants de passion plus directs.

L'Observatoire du Mont-Mégantic et tout ce qui gravite autour paraissaient il y a trois décennies à des années-lumière de l'Estrie. Nous les touchons aujourd'hui. C'est vrai, c'est une route qui débouche sur l'inconnu. Mais c'est une route qu'empruntent l'imaginaire et la curiosité sans jamais se buter aux limites du développement de l'intelligence et des connaissances.

Sommes-nous assez idiots collectivement pour transformer cette route en cul-de-sac faute de pouvoir trouver 325 000 $, des poussières dans la galaxie budgétaire de nos universités et de nos gouvernements?

Sommes-nous appauvris au point de devoir refiler aux touristes une partie du coût de la recherche scientifique au Canada?

Osons croire que non.

 

publicité

la liste:246:liste;la boite:267:box

Aujourd'hui sur Lapresse.ca

Précédent

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

Les plus populaires sur Auto

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

image title
Fermer