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Un cerf-volant dans des vents contraires

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Un cerf-volant dans des vents contraires

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Bruno-Marie Béchard

Archives La Tribune, Christian Landry

Luc Larochelle
La Tribune

J'étais dans la salle, au début de 1998, le soir où l'ancien recteur de l'Université de Sherbrooke, Pierre Reid, a passé un savon publiquement au maire de l'époque, Paul Gervais, devant la Chambre de commerce. Le recteur avait invité le maire à rentrer dans son carré de sable, estimant qu'il avait dépassé les limites dans sa cabale pour amener la faculté d'administration au centre-ville. M. Gervais était devenu rouge de colère en cette année électorale.

Ces réprimandes étaient de la p'tite bière à côté de celles que Bruno-Marie Béchard a adressées par la bande à Jean Perrault dans la longue entrevue qu'il a accordée à La Tribune à la veille du congé pascal. Après en avoir lu des extraits dans nos pages, j'ai réécouté mardi l'intégral. Une charge de dynamite!

 

Outre les citations du recteur rapportées par ma consoeur Isabelle Pion déplorant le lent déploiement d'Innovation et développement économique Sherbrooke (IDES), celle-ci, à la fois colorée et cynique: «un Airbus, le plus gros avion au monde, doit s'élancer à 300 km/h. Il ne lèvera jamais de terre à basse vitesse. Même pour faire voler un cerf-volant, il faut minimalement courir un petit peu. Si on reste assis, ça ne marche pas».

«De toute évidence, des choses clochent. Pour ce qui est de la cause, je ne sais pas».

Bien que le recteur se soit gardé de personnaliser ses critiques, il est facile de lire entre les lignes. Jean Perrault était le parrain politique du Sommet de 2007, le maire a en quelque sorte imposé à la région une reprise du forum organisé en 2005 par la Chambre de commerce. À qui d'autre Bruno-Marie Béchard voudrait-il faire porter le chapeau «d'un manque de leadership» suite au Sommet?

M. Béchard a tracé un parallèle avec la toute nouvelle structure de développement économique mise en place à Longueuil.

«La première personne que le maire a appelée, c'est moi. Il voulait que l'Université de Sherbrooke soit au coeur de la planification d'un développement conjoint de quartier universitaire, qui se traduira rapidement par des investissements d'un milliard de dollars. Longueuil a bougé très vite et très fort».

Doutez-vous encore ?

M. Béchard étale publiquement en fin de parcours des différends avec le maire Perrault que l'un et l'autre se sont efforcés tant bien que mal de camoufler au fil des ans. Le premier est éclaté, le second contrôlant. Le cerf-volant a souvent virevolté dans des vents contraires.

Cela n'a pas empêché MM. Perrault et Béchard d'entretenir des relations professionnelles convenues. De travailler de bonne foi au rapprochement de leur organisation respective et pour le mieux-être de la communauté. Ils ont orchestré de belles réalisations ensemble, en coprésidant notamment les Mondiaux jeunesse d'athlétisme qui ont propulsé Sherbrooke vers l'obtention des Jeux du Canada qu'elle tiendra en 2013.

Mais l'impatience du recteur n'est pas d'hier. Bien qu'il n'ait jamais voulu l'admettre, les fantômes de Bruno-Marie Béchard et de son cercle d'influence étaient derrière la candidature d'Hélène Gravel à l'élection municipale de 2005.

Posons-nous d'ailleurs la question: M. Béchard se serait-il livré à ce genre de critiques si Jean Perrault n'avait pas encore confirmé son départ et qu'il était un candidat potentiel à l'élection municipale de novembre prochain ? Se serait-il prévalu aussi librement du droit de parole qu'il recouvre comme citoyen?

Cette sortie fracassante mais sûrement réfléchie ne doit cependant pas être perçue comme une attaque vicieuse et revancharde à l'endroit de M. Perrault qui, de toute façon, quitte lui aussi. La cible plus large, c'est la région. Ses leaders, ses développeurs, ses travailleurs. Chacune de ses composantes.

Car c'est toute la région qui a pris du retard avec le constat «désolant» du recteur, qui admet que le cerf-volant de l'innovation ne vole pas à la hauteur de nos prétentions.

Savez-vous ce qui me désole, moi ? Que notre merveilleuse ville institutionnelle se taise en se contentant de maugréer en coulisses «quand la région se traîne les pieds». Que nos leaders ménagent leurs susceptibilités pendant qu'ils sont en titre et qu'ils attendent l'heure des testaments pour partager ouvertement leurs inquiétudes.

 

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