D'où vient par contre, l'obligation pour le chef du gouvernement libéral d'assouplir les règles visant à prévenir les conflits d'intérêts, une mesure qui ne peut que soulever une réprobation populaire? De la nécessité de clarifier la situation d'un membre de son cabinet.
Qu'il s'agisse du passage expéditif et encore mystérieux au privé de l'ex-ministre de la Santé, Philippe Couillard, qu'on réfère à l'affaire Mulroney-Schreiber ou aux pratiques douteuses pour l'attribution de contrats à la Ville de Montréal, le discours est plutôt au resserrement des mécanismes de surveillance. Le conducteur qui tient le volant à Québec semble rouler à contresens.
Il est paradoxal que la vice-ministre Nathalie Normandeau, en sa qualité de ministre des Affaires municipales, se déclare favorable à la création d'un poste de commissaire à l'éthique à Montréal et qu'en même temps certaines barrières tombent à Québec. Un ministre n'aura plus à se départir de ses intérêts dans une entreprise susceptible de solliciter des contrats du gouvernement, à condition qu'il n'intervienne pas directement.
Le bureau du premier ministre agira comme pare-feu. Il pourra imposer des règles particulières. Cette barrière est-elle suffisante pour prévenir «les conflit d'intérêts, la collusion ou l'influence indue» tel que le promet le Conseil exécutif?
Testons-en l'application. Les libéraux de Jean Charest ont été malmenés et ont failli couler avec Orford. La démarche gouvernementale a été minée (au sens propre comme au sens figuré
par la seule référence aux acquéreurs potentiels de terres du parc national, André L'Espérance et Paul Gobeil, associés à la famille libérale et présentés comme des proches de Jean Charest. Imaginez le premier ministre, son épouse ou la ministre Line Beauchamp actionnaire d'une compagnie intéressée à relancer la station du Mont-Orford...
Il n'y aurait pas de cloisons assez épaisses au Conseil exécutif pour éviter que la baraque saute!
L'exemple est caricatural, à l'extrême. Tellement d'ailleurs qu'aucun politicien ne parviendrait à vendre une proximité semblable. Les railleries lessiveraient les meilleures intentions du monde.
Pour pondre cette mise à jour, le gouvernement Charest se serait inspiré des règles en vigueur au fédéral ainsi qu'en Ontario. Ces gouvernements interdisent aux ministres de détenir des intérêts dans des sociétés personnelles ou fermées mais prévoient également que le commissaire à l'éthique peut autoriser des particularités s'il juge qu'il n'y a pas d'incompatibilité. C'est la voie objective que devrait emprunter le Québec.
Or, même si tous les partis politiques sont d'accord avec le principe, dans la réforme que viennent d'adopter les parlementaires québécois, la désignation d'un commissaire à l'éthique est de nouveau reportée. Au moins jusqu'à l'automne prochain.
Il faut comprendre la dynamique. Le gouvernement est en début de mandat et les libéraux sont les seuls à devoir composer dans l'immédiat avec ces règles. En l'absence d'un commissaire à l'éthique, le premier ministre Charest est celui qui doit rendre des comptes à propos des changements apportés, susceptibles d'être interprétés de multiples façons. Péquistes et adéquistes ne s'empresseront sûrement pas de délester le député de Sherbrooke de ce rôle plutôt ingrat. D'autant qu'ils ne sont actuellement pas tenus de «se déshabiller» publiquement en déclarant leurs intérêts puisqu'ils n'occupent pas de fonctions décisionnelles.
Le premier ministre n'a pas droit à l'erreur dans ses appréciations car les seules modifications qu'il vient d'apporter éveillent les soupçons et nourrissent les appréhensions. Son bureau aura-t-il le souci de camoufler plutôt que de rendre ouvertement et objectivement des comptes?
Un parallèle en terminant. Comme les ministres, les élus d'une ville sont tenus de déclarer leurs intérêts. Une participation au sein d'une entreprise ne les disqualifie pas nécessairement de toute relation d'affaires avec la municipalité.
Un cas concret: le conseiller Marc Denault est actionnaire d'une compagnie de location de véhicules transigeant régulièrement avec la Ville de Sherbrooke. Chaque fois qu'un dossier implique son entreprise, le conseiller Denault ne participe pas au vote. Il en est ainsi dans toutes les villes, y compris Montréal.
Dans l'état actuel des choses, une telle explication ne convaincrait probablement pas beaucoup de Montréalais que leur argent est à l'abri des conflits d'intérêts...














