Signé Mario Goupil

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Signé Mario Goupil

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Mario Goupil a quitté définitivement ses fonctions de journaliste jeudi dernier.

La Tribune

Luc Larochelle
La Tribune

La chaise est vide et le bureau vacant en face de mon poste de travail. Mon voisin est parti jeudi en coup de vent. Trente-cinq ans de métier liquidés sans préavis.

«Il agit dans la vie comme il écrit», résume le confrère Pierre Turgeon, qui l'a côtoyé durant 32 ans dans la salle de rédaction.

Mario Goupil a signé son formulaire de départ de La Tribune comme il signait ses textes tous les jours: sans détour, sans faux-fuyant, de manière réfléchie et assumée. Voici ce que je pense. Point final.

Ce n'est pas par manque de respect, chers lecteurs, si Mario s'est effacé sans vous faire ses adieux. Sans revenir au bureau au moins une journée pour recevoir et retourner vos appels.

«C'est bien beau écrire, prendre position, louanger, critiquer, mais il faut être capable de vivre avec ce qu'on a écrit», ai-je retracé dans l'une de ses chroniques.

Justement. L'ultrasensible Mario vous aimait tellement, il était si dévoué au journal et à son lectorat, que je ne suis pas certain qu'il aurait été capable d'assumer la séparation de manière aussi stoïque assis en face de son clavier pour échanger avec vous aussi franchement et aussi familièrement qu'il ne l'a fait durant 35 ans. Il cherche à se faire oublier rapidement pour avoir mal moins longtemps.

«Derrière sa stature imposante se cache un homme incroyablement sensible. Cela transpirait dans ses textes et dans les discussions plus privées avec sa famille. Rigueur et discipline sont également sa marque de commerce», retient la présidente et éditrice de La Tribune, Louise Boisvert.

«Mario était un passionné du métier, un Sherbrookois qui a toujours aimé Sherbrooke et les lecteurs le ressentaient. Il a toujours su entretenir cette proximité avec les gens», ajoute Raymond Tardif, qui lui a confié le tout premier poste de chroniqueur à La Tribune.

Ceux qui ont subi sa plume curieuse et souvent incisive s'en souviennent.

«Sous le coup de l'émotivité, j'avais lancé que je déménagerais les Castors à Granby. Je lui en ai voulu le lendemain d'avoir rapporté mes propos, mais l'erreur était la mienne. Je l'ai côtoyé durant plusieurs années comme journaliste sportif, il était professionnel et savait faire la part des choses», se remémore Georges Guilbault, figure marquante du hockey junior à Sherbrooke.

Les autorités sherbrookoises ont été, à ses yeux, trop conciliantes avec les Hells Angels et leur bunker, il l'a dénoncé. Lorsqu'un ancien maire de Scotstown a fait «la tête de mule», il s'en est mêlé. Au moment où une famille de Sherbrooke a mis en doute le sérieux de l'enquête de la police tchèque à propos de la mort mystérieuse d'un des siens, Mario a sauté dans l'avion pour se rendre à Prague.

Là où Mario Goupil débarquait, ça remuait. Parfois, une controverse éclatait.

La communauté coaticookoise l'a trouvé passablement insistant, presque déplacé, lorsqu'il a porté sur la place publique les suicides rapprochés de cinq étudiants de La Frontalière. De l'aveu même de l'ex-chroniqueur, ce fut une période professionnelle exigeante et tumultueuse.

«Les gens de Coaticook me savaient proche de Mario et certaines personnes voulaient que je le contacte pour lui demander de lever le pied. C'eut été la pire chose à faire. À mes yeux, il était toujours demeuré un journaliste très crédible», confie Jean-Pierre Dupuis, une de ses connaissances locales.

Le chroniqueur a toujours maintenu que les faits qui avaient été dits se devaient d'être dits. L'émotivité a fini par passer à Coaticook.

/////

Mario Goupil est le pionnier du journalisme engagé à Sherbrooke et en Estrie. Une référence.

Lorsque j'ai hérité d'un poste de chroniqueur à La Tribune, il est arrivé qu'on me dise que «j'avais du Goupil dans le nez». Un compliment.

«J'admire son doigté, la manière avec laquelle Mario approche les gens. Je l'ai vécu avec mon épouse Nicole au moment d'annoncer mon départ de la scène politique. C'était précieux pour la communauté», rend comme témoignage d'appréciation le maire Jean Perrault.

«Il démontre la même sensibilité en immobilier. Je l'ai vu accepter des baisses de commission pour des considérations sentimentales. Je suis persuadé qu'il se consacrera à sa nouvelle carrière d'agent avec la même passion que celle qui l'a caractérisé au journal», croit son associé Gaétan Gaudreau.

Il fera quoi à part cela, le grand Mario? De la politique municipale?

Il n'a jamais été bavard et ne commencera pas à l'être non plus à 55 ans. Par contre, qu'il se le tienne pour dit: j'ai du Goupil dans le nez. La ville sera trop petite pour qu'il nous cache des secrets.

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