Tel est le diagnostic que pose le Dr Robert Ouellet, qui a piloté au cours de l'hiver une mission d'étude sur les systèmes de santé de la France, de l'Angleterre, de la Belgique, du Danemark et des Pays-Bas. «Ces cinq pays ont des systèmes de santé universels, et ils ne sont pas plus chers, sauf la France qui y consacre plus d'argent».
«C'est possible d'avoir un système de santé sans temps d'attente, et d'arrêter de penser qu'il faut aller vers le système américain» si on apporte des modifications à notre système, fait valoir le Dr Ouellet, un spécialiste en radiologie qui occupe cette année la présidence de l'Association médicale canadienne. Cette association regroupe 70 000 membres, dont 9000 du Québec.
Fait qui peut étonner, observe M. Ouellet, «les systèmes européens utilisent le secteur privé dans le système de santé, mais appliquent fermement le principe selon lequel aucun citoyen n'est privé de soins».
Ces échanges privé-public dans ces pays semblent si bien intégrés que selon lui «il n'y a pas de différence, parce que c'est le besoin du patient, et non l'idéologie ou l'argent, qui détermine comment et où les soins sont fournis».
«Au Danemark et en France, ce n'est pas un débat du tout. Ils ne comprennent même pas qu'on peut avoir un débat ici» sur la présence du public et du privé, dit-il.
«En Angleterre, il y a six ou sept ans, ils avaient les mêmes problèmes que nous dans les urgences, et un temps d'attente chirurgical trop élevé». Or, dit-il, avec la pression que le public a mise sur le pouvoir politique, le système de santé a été transformé au point où «ils n'ont pas de temps d'attente significatif».
Dans les urgences, il y a même une garantie que l'attente ne dépassera pas quatre heures. «Sinon il y a des conséquences». Lesquelles? «Il y a de l'imputabilité: un directeur général a été congédié pour le taux de mortalité trop élevé dans son hôpital».
Mais on préfère habituellement agiter la carotte plutôt que le bâton, souligne-t-il, et «ils ont changé le financement des hôpitaux en le basant sur l'activité, c'est-à-dire que plus tu en fais plus tu reçois de budget». Les hôpitaux ont été mis en concurrence de façon transparente.
D'autres exemples d'efficacité? Au Danemark, les patients atteints de cancer sont appelés dans les 48 heures et mis en priorité. De plus, les technologies de l'information font que les patients n'ont qu'à communiquer par internet avec le médecin pour faire renouveler une ordonnance, selon leur condition médicale, ce qui évite une consultation.
En Belgique, où il n'y a aucun temps d'attente, il n'est pas nécessaire d'être référé par un généraliste pour consulter un spécialiste.
En France, 60 % des chirurgies non électives (non urgentes) sont faites par le privé. Et les patients peuvent recourir aux services d'un chirurgien qu'ils préfèrent, s'ils sont prêts à payer la différence.
«Il n'y a pas de système parfait et on ne peut pas tout importer», note cependant M. Ouellet.











