Quand les inspecteurs d'une municipalité ou d'un assureur privé débarquent, ils suivent un livre aussi épais qu'un dictionnaire. Peu de détails leur échappent.
Si, parfois.
À Sherbrooke, des logements ont été occupés ces dernières semaines aux étages d'un immeuble neuf de l'arrondissement de Jacques-Cartier en faisant abstraction de certaines règles élémentaires de sécurité: il n'y avait pas de garde-corps sur les balcons. Pas de barrières temporaires. Rien.
Rien d'autre que le vide, une dizaine de mètres plus bas. Pourtant les barbecues et les meubles de patios sont installés comme si rien n'était.
«Nous ne sommes pas très confortables avec ça, au moins il n'y a pas d'enfants. Les locataires insistaient pour s'installer. Si nous avions bloqué la porte avec un bulldozer, ils seraient entrés quand même. Il n'était pas question pour eux d'attendre», a commenté cette semaine la répondante de l'immeuble, copropriétaire avec son mari.
Vous savez comment ça se passe à ce temps-ci de l'année, la planification d'un déménagement implique qu'on réserve un camion longtemps à l'avance, qu'on mobilise une armée de bras, à défaut de quoi il faut se rabattre sur les firmes de professionnels qui sont débordées. La dernière chose qu'on veut envisager, c'est tout annuler.
Les rampes d'aluminium, m'a-t-on expliqué, avaient été commandées dans une grande surface à la fin du mois d'avril. Il y aurait eu méprise. Même celles qui étaient en inventaire, et que le couple avait semble-t-il réservées, auraient été vendues à d'autres clients.
«Un cafouillage épouvantable d'une gang d'incompétents», blâme la propriétaire tout en confirmant qu'en dépit de pressions soutenues sur le détaillant, les premiers locataires sont arrivés à la mi-juin, avant les garde-corps.
Vous connaissez le rythme infernal dans l'industrie de la construction avant les vacances: vite, vite, vite, ça urge. Retards et imprévus inclus! Bonne chance pour trouver un répondant.
Comme les locataires n'ont pas sourcillé, les propriétaires ont assumé une partie du risque, ignorant qu'un permis de construction émis par la Ville de Sherbrooke impose au demandeur l'obligation de suivre toutes les dispositions légales en matière de sécurité.
S'il eut fallu qu'un accident survienne...
«Les inspecteurs sont surchargés et ne peuvent être sur tous les chantiers en même temps. Ils seraient intervenus sur-le-champ si ce cas avait été porté à leur attention et n'auraient toléré aucune circulation sur les balcons sans l'installation de garde-corps temporaires. À défaut de quoi des procédures légales auraient été entreprises», commente un porte-parole de la Ville, Louis Gosselin.
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Vendredi, une équipe d'installateurs s'affairait à poser les garde-corps pour rendre l'immeuble conforme. Les propriétaires auront l'esprit tranquille. Les locataires, eux, seront en sécurité.
Affaire classée, on n'en parle plus. Banalité à laquelle on n'aurait peut-être même pas dû s'attarder, jugeront certains.
Voici où j'y vois un intérêt: si les règlements et les interdits nous horripilent et paraissent exagérés pour garantir la sécurité de piétons, de patineurs et de cyclistes se côtoyant un même corridor, quel contrôle la Ville doit-elle exercer sur des balcons? Doit-elle serrer la vis, grossir les rangs de ses équipes d'inspecteurs, imposer des amendes plus salées?
N'allait-il pas de soi, sans prescrire, sans surveiller, sans sommer, qu'une barrière temporaire est requise à cette hauteur?
Un minimum de bon sens nous épargnerait une multitude de normes et de contrôles. N'espérons pas s'en soustraire, pareil exemple obligeant plutôt à admettre que ce minimum ne peut même pas être pris pour acquis.
Désolante constatation.











