La cavalerie sénatoriale

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La cavalerie sénatoriale

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Les sénateurs Colin Kenny et Pierre-Claude Nolin sont arrivés au poste frontalier de Stanstead, mardi, à bord d'un hélicoptère de la Gendarmerie royale du Canada.

Imacom, Frédéric Côté

Luc Larochelle
La Tribune

Deux honorables sénateurs débarquent à Stanstead un mardi de juillet à bord d'un hélicoptère de la Gendarmerie royale du Canada pour nous livrer leur troublante constatation: il manque de policiers à la frontière. Ils se pointent cinq ans après la fermeture de neuf postes frontaliers de la GRC au Québec, dont trois en région.

Elle en a mis du temps, la cavalerie sénatoriale, à sortir des limbes!

Ils faisaient quoi, nos vaillants sénateurs, quand l'Estrie s'est butée à l'autorité suprême de la police montée?

«Qu'un sénateur libéral et qu'un conservateur s'amènent de la sorte aujourd'hui pour protester alors qu'ils n'ont rien dit pour s'opposer aux décisions de leur gouvernement respectif, je trouve ça baveux et arrogant», colère la députée de Compton-Stanstead, France Bonsant.

 

L'indignation de la députée bloquiste est teintée d'un brin de partisannerie, mais avouons que la cabale des sénateurs Colin Kerry et Pierre-Claude Nolin a de quoi surprendre puisqu'ils répètent essentiellement les arguments que la région faisait valoir il y a cinq ans.

«À l'époque, j'ai cru ce que nous disaient les hauts commandants de la GRC, qui soutenaient que la réorganisation d'effectifs pour accroître la pression sur les groupes criminalisés ne se répercuterait pas sur la surveillance de la frontière. Nous n'avions pas d'arguments pour les contredire», confesse le sénateur Nolin.

Quand le gouvernement libéral à Ottawa a endossé la position de la GRC de fermer les postes frontaliers de Coaticook, Lac-Mégantic et Granby, les conservateurs, alors dans l'opposition, se sont indignés. Une fois installés au pouvoir, ils ont oublié leur promesse électorale de rouvrir les détachements fermés.

«Ne mélangez pas les rôles, je n'ai pas comme sénateur conservateur à répondre des choix du gouvernement Harper. Ce n'est pas une tentative de sauvetage, c'est un constat que nous documentons pour questionner les personnes en autorité», nuance M. Nolin, membre du comité sénatorial sur la sécurité nationale et la défense.

La plus récente séance de travail de ce comité a eu lieu le 22 juin. Le président du syndicat national des douaniers, Ron Moran, et son lieutenant québécois, Jean-Pierre Fortin, étaient parmi les invités et ils ont notamment décrit que l'implantation de nouveaux outils technologiques dans les plus importants postes frontaliers a eu pour effet d'orienter les contrevenants vers des endroits où les contrôles sont moindres.

T'installes une quincaillerie pratiquement impossible à déjouer sur les autoroutes, sans te douter que les malfaiteurs vont vite comprendre qu'ils n'ont pas intérêt à s'y pointer le nez, sans anticiper qu'ils vont vite trouver des failles ailleurs, dans les postes peu équipés, en passant par les forêts denses et reculées, les routes non gardées, les lacs ou les rivières qui chevauchent la frontière?

Les sénateurs s'accordent une partie du mérite pour la décision du gouvernement fédéral d'armer les douaniers.

Tout à coup, on s'aperçoit qu'il en coûte une fortune en déplacements, en hébergement et en remplacements pour libérer les douaniers appelés à se rendre vers l'un deux seuls centres de formation et de qualification pour apprendre à manipuler une arme à feu.

«C'est une préoccupation que le directeur du poste de Stanstead a portée à notre attention. Il est effectivement illogique à première vue de déplacer les douaniers sur de longues distances alors que des ententes sont peut-être possibles avec la Sûreté du Québec» relève le sénateur Nolin.

Les douaniers de l'Est du pays se rendent tous à Connaught, en banlieue d'Ottawa, afin d'obtenir leur certification pour porter une arme à feu et sont appelés à y retourner occasionnellement pour conserver leur licence de qualification. Les mêmes exigences se limitent à un déplacement au quartier général de Sherbrooke sous la supervision d'un moniteur de tir pour tous les policiers de la Sûreté du Québec en Estrie. La mainmise complète du fédéral sur le registre des armes à feu nous a coûté juste un milliard avant qu'Ottawa évalue l'avantage d'une collaboration avec la SQ...

Le jour où les dirigeants fédéraux seront plus proches de nos sous et de nos réalités, peut-être restera-t-il plus d'argent pour affecter des patrouilleurs à la surveillance de la frontière. Mais plus grave encore, il y a cette injustice à réparer: comment se fait-il que le sénateur Jean Lapointe n'ait pas eu droit au tour d'hélicoptère?

 

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