Remarquez, ce n'est pas la première. Souvenez-vous du tapage de la Commission Poitras, il y a une dizaine d'années. Celle-ci avait passé le fonctionnement de la Sûreté du Québec au peigne fin et avait proposé une série de mesures pour soigner la «culture de la déviance». Du nombre, la scolarisation des policiers.
Le parcours académique requis pour accéder à certaines fonctions spécialisées, principalement liées aux enquêtes, a été allongé jusqu'au baccalauréat. Comme celui des infirmières maintenant aptes à accomplir des tâches qui étaient autrefois réservées exclusivement aux médecins après avoir fréquenté une faculté de médecine comme celle de Sherbrooke.
Il s'agissait essentiellement de passer les gros bras au tamis pour départager les cérébraux des constables à petits pois. La formation académique a été mise à jour et rehaussée, les premières cohortes de diplômés ont été recrutées par les différents corps de police et leur appréciation a fait l'objet d'une consultation lancée en 2007. De là découle la réforme dont il est question dans nos pages aujourd'hui.
L'École nationale de police du Québec refoule entre 35 à 40% des étudiants diplômés qui frappent à sa porte. Les candidats sont actuellement admis suivant deux critères: leur Cote R (moyenne académique collégiale pour le classement des étudiants
compte pour 80 % du pointage leur étant attribué, l'autre 20% repose sur le résultat obtenu lors d'un examen de français.
La fameuse Cote R !
Cette donnée passe-partout, froidement quantitative, source d'angoisse, qui obsède les étudiants du premier jusqu'à leur dernier jour au collégial. Je n'en avais jamais entendu parler avant d'assister à une activité d'accueil destinée aux parents: veillez à ce que vos enfants accumulent leurs «air miles» s'ils veulent entrer à l'université, nous avait-on prévenus. C'est la seule voix qui parle et qui porte.
Le hic, c'est que certaines recrues, une fois embauchées, auraient la tête si riche de contenu académique qu'elle ne passe pas dans les cadres de porte. Une minorité, bien sûr. Cinq à dix pour cent, évalue-t-on. À cause de cela, la Cote R perdra du poids dans la balance au profit d'autres tests d'aptitude axés sur le jugement et les relations interpersonnelles. Un plus, cela va de soi.
Aux États-Unis, les candidatures sont scannées dès le processus d'admission et des tests éprouvés trahiraient les profils risqués, révélant qu'ils sont incompatibles avec la fonction. Le président Barack Obama a récemment douté de la fiabilité de ce système de dépistage à la suite du traitement infligé à l'un de ses amis noirs mais c'est le modèle avant-gardiste dont l'École de police du Québec s'inspire présentement. Seront également introduites des analyses permettant d'évaluer le «jugement situationnel».
La société québécoise est particulièrement exigeante envers ses policiers. Elle s'attend à ce que ces derniers ne commettent jamais de bavure. Même sous pression. En oubliant que, très souvent, ce sont les nouveaux-venus qui héritent des quarts de travail plus mouvementés et plus exigeants, le soir, la nuit et les fins de semaine.
On voudrait que la police soit parfaite et courtoise, qu'elle soit le modèle des bonnes manières d'autrefois, alors que les polissons pullulent. Si «l'incompatibilité» était mesurée dans la rue, les délinquants au civisme le plus élémentaire dépasseraient largement les 10 % ! De cela aussi, il faut en tenir compte pour porter un regard objectif sur le travail des policiers.
L'introduction de la «Cote E» en complément à la Cote R, qui situera le savoir-être par rapport au savoir-faire, est un pas vers l'équité dans le processus de recrutement. Car, le recours aux tests psychométriques est appliqué au moment des promotions au sein des différents corps de police, ce à quoi souscrivent les syndicats en sachant fort bien qu'il s'agit d'une garantie d'équité pour leurs membres. Tous obtiennent la même chance d'avancement. Il est admis que le jugement ne repose pas que sur le bagage intellectuel d'un individu.
La police actualise son mode de recrutement, pour le mieux. D'autres professions auraient avantage à faire la même chose. La Cote R est dépassée.











