À vue de nez, à combien estimeriez-vous le «spécial France Beaudoin», la rampe de lancement de cette semaine promotionnelle? Sûrement entre 100 000 et 500 000 $ m'ont répondu spontanément la plupart des gens à qui j'ai posé la question. Beaucoup moins que cela.
«Les coûts excédentaires à la production habituelle en studio n'ont été que de 50 000 $, soit 12 500 $ par émission. Un excellent placement si l'on tient compte de la réaction très positive de l'auditoire. Ce n'est plus vrai que sortir de l'ordinaire est nécessairement onéreux. Nous pouvons créer de l'impact à peu de frais», livre comme rapport Louis Lalande, qui coordonne les stations régionales francophones du pays et qui a eu l'idée de ce clin d'oeil national à l'Estrie.
«Nous avons pris l'engagement de protéger la programmation et l'avenir. Nos investissements à Sherbrooke, c'est l'avenir. Les choix stratégiques que nous faisons nous permettent de fonctionner à meilleurs coûts», situe quant à lui le vice-président Sylvain Lafrance.
Pour s'offrir la technologie la plus avant-gardiste, Radio-Canada lutte contre la duplication. Cette lourdeur ayant caractérisé son fonctionnement du temps où les journalistes de Montréal étaient superposés à ceux des régions.
«L'intégration de nos effectifs est déjà amorcé et il va s'accélérer avec les nouvelles technologies facilitant l'échange de contenu. Au lieu de prendre le relais d'un journaliste de Sherbrooke qui lancerait l'équipe de l'émission Enquête sur une bonne piste, nous comptons mettre ce journaliste à contribution jusqu'à la livraison du produit final», avance comme exemple le directeur général de l'information, Alain Saulnier.
Le président du syndicat des employés estriens, Pierre Tousignant, acquiesce.
«Cette inclusion de nos effectifs, j'y crois. D'abord, parce que Radio-Canada n'a plus les moyens de faire autrement. Deuxièmement, parce que nous sommes maintenant outillés pour le faire», commente-t-il.
Le premier ministre Jean Charest, particulièrement en verve hier et qui avait le propos moqueur d'un Jean-René Dufort, a badiné en revenant sur l'erreur grossière dont il a été victime lors de l'élection de 2006.
«La dernière fois que j'ai écouté Radio-Canada, un péquiste venait d'être déclaré élu dans ma circonscription», a-t-il lancé avec ironie.
«Ce soir-là, nous nous sommes fiés raisonnablement à notre bureau de décision qui ne s'était jamais trompé de la sorte. C'est le genre de bourde qui ne devrait plus se reproduire avec la structure que nous avons mise en place et qui mise justement davantage sur notre lien avec les régions», a réagi Alain Saulnier.
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Autonomie et créativité sont le leitmotiv de Stéphane Laberge, le grand patron des troupes estriennes aujourd'hui réunies sous le même toit.
«Toute la préparation de cette semaine mouvementée a été prise en charge par notre équipe régionale. Cela avait été clair: c'est notre party et c'est l'Estrie qui l'organise», avait insisté le chef d'orchestre.
Le vice-président Lafrance a été le premier à admettre que cette autonomie aurait possiblement été plus dirigée au sein de la hiérarchie radio-canadienne il y a une dizaine d'années. Hier, à l'intérieur de la structure éclatée, les artisans régionaux ont livré, et avec éclat.
L'idée d'une inauguration par écran tactile pour remplacer la traditionnelle coupe du ruban était ingénieuse. Tout comme la bande vidéo projetée par la suite aux invités, qui portait la signature de François Montminy et Jean Deslauriers, chef-d'oeuvre qui aurait rencontré tous les standards d'une diffusion nationale.
Ça sent le neuf dans la Maison de Radio-Canada en Estrie, mais la direction n'a pas balancé tout le vieux par les fenêtres. La télé communautaire de Sherbrooke, Canal Vox, a hérité de certains équipements. La splendide et coûteuse table de l'ancien studio de radio de Place Paton, qui ne pouvait être adaptée aux nouveaux locaux, a été gracieusement offerte à la radio communautaire de Coaticook.
La période d'éparpillement terminée, la famille radio-canadienne a fait son nid. Un nid de 7 millions de dollars, certes un peu douillet. Mais un précieux actif pour la région.












